Les Européens ne braderont pas le Brexit

Gilles Toussaint
Les Européens ne braderont pas le Brexit
©AFP

Les Vingt-sept fixent leurs conditions.

La main est tendue, mais la poigne sera ferme. Voilà le message adressé à Londres ce vendredi par le président du Conseil européen Donald Tusk. Le Polonais a en effet transmis aux 27 Etats membres de l’Union le "mode d’emploi" d’emploi des négociations sur le Brexit. Le texte, qui fixe les "lignes rouges" des Européens dans ces discussions, peut encore évoluer d’ici le sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement programmé le 26 avril, mais les orientations principales ne devraient pas être fondamentalement modifiées.

Au passage, Donald Tusk a annoncé qu’il a l’intention de se rendre à Londres d’ici le 26 avril, pour y rencontrer la Première ministre Theresa May. L’occasion sans doute de vider la polémique qui a suivi l’envoi de la lettre déclenchant officiellement la procédure de divorce et dans laquelle certains observateurs, dont le Belge Guy Verhofstadt, ont perçu une forme de chantage : si le Royaume-Uni n’obtient pas un accord commercial qui répond à ses attentes, il pourrait mettre dans la balance sa coopération en matière de renseignement et de sécurité avec les autres pays européens. Une interprétation formellement démentie par le chef de la diplomatie britannique, Boris Johnson, qui était présent à Bruxelles ce vendredi pour assister à une réunion de l’Otan.


A l’amiable, autant que possible

Sur le fond, le document présenté par Donald Tusk ne fait que confirmer les positions entendues ces dernières semaines.

Les Vingt-sept veulent tout d’abord s’assurer que les trois millions de ressortissants européens - travailleurs, étudiants… - présents au Royaume-Uni seront traités de manière non discriminatoire. La réciproque valant pour les Britanniques installés de ce côté de la Manche. Ils veulent aussi garantir la sécurité juridique pour les entreprises européennes actives au Royaume-Uni, une fois que les législations européennes n’y seront plus d’application.

Londres se voit également poliment rappeler à ses devoirs sur le plan budgétaire. Les engagements financiers qui ont été conclus doivent être respectés, a rappelé M. Tusk, soulignant que cet argent sert à des programmes utiles aux citoyens, aux scientifiques ou encore aux agriculteurs. Une facture qui est estimée à une grosse cinquantaine de milliards d’euros.

Enfin, les Européens appellent le gouvernement britannique à faire preuve de flexibilité et de créativité, afin de ne pas mettre à mal le processus de paix en Irlande en rétablissant une séparation physique entre les deux parties de ce pays.

Si des progrès significatifs respectant ces principes sont enregistrés dans les négociations sur la séparation, les Vingt-sept se montrent ouverts à l’idée de discuter du cadre des futures relations avec le Royaume-Uni, notamment celui des accords commerciaux. L’idée "d’arrangements transitoires" temporaires en attendant la finalisation de cette nouvelle relation est envisagée. Mais il n’est pas question de mener les deux discussions de front, comme le souhaite Theresa May, a martelé le président du Conseil européen. Pas plus que de mener certaines négociations en bilatérales avec certains Etats membres. Le Brexit se jouera à vingt-sept contre un.