Gibraltar, une monnaie d'échange? Londres ne l'entend pas de cette oreille

OleB
Gibraltar, une monnaie d'échange? Londres ne l'entend pas de cette oreille
©BELGA

Les négociations de la séparation entre le Royaume-Uni et l’Union européenne n’ont pas encore commencé que le ton vire déjà à l’aigre. En cause : un passage des "orientations de négociations" que le président du Conseil européen a fait parvenir aux Vingt-sept - qui arrêteront leur position lors du sommet européen du 29 avril. Ce passage précise "qu’une fois que le Royaume-Uni quittera l’Union, aucun accord entre [celle-ci et Londres] ne pourra s’appliquer au territoire de Gibraltar sans accord entre [l’Espagne] et [le Royaume-Uni]".

A Londres, on le lit comme une tentative de chantage de Madrid, où d’aucuns continuent à rêver d’une co-souveraineté hispano-britannique sur Gibraltar. Tant au Royaume-Uni que sur le Rocher, on redoute que l’Espagne cherche à écarter celui-ci du futur accord commercial que tenteront de nouer l’UE et le Royaume-Uni. "Gibraltar n’est pas à vendre", a grondé dimanche le chef de la diplomatie britannique, Boris Johnson. "La souveraineté de Gibraltar est inchangée et ne changera pas et ne pourra vraisemblablement pas changer sans le soutien et consentement express de la population de Gibraltar et du Royaume-Uni", a-t-il précisé, en marge de la réunion des ministres européens des Affaires étrangères, à Luxembourg, lundi.

"M. Tusk se comporte comme un époux cocu qui tente de s’en prendre aux enfants", s’est emporté lundi le chef du gouvernement de Gibraltar Fabian Picardo, reprochant au président du Conseil européen de s’être laissé instrumentaliser par Madrid.

Discours belliciste

Mais l’attaque la plus virulente a été lancée dimanche par Michael Howard, un ancien leader du Parti conservateur (celui de la Première ministre Theresa May). "Cela fait 35 ans cette semaine, une autre Première ministre (Margaret Thatcher, NdlR) a envoyé une force expéditionnaire à l’autre bout du monde pour défendre la liberté d’un autre petit groupe de Britanniques contre un autre pays hispanophone (l’Argentine, NdlR). Je suis absolument sûr que la Première ministre actuelle montrera la même détermination à se tenir au côté du peuple de Gibraltar", a déclaré M. Howard sur la chaîne SkyNews.

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Alfonso Dastis a déploré lundi la perte du "traditionnel flegme britannique", mais a évité de remettre de l’huile sur le feu. "Nous ne voulons pas mettre d’obstacles aux relations entre le Royaume-Uni et Gibraltar", a-t-il assuré, rappelant qu’il s’agit aussi de protéger les intérêts des 10 000 frontaliers espagnols qui travaillent dans l’enclave.

"Lord Howard essayait simplement de montrer notre résolution à protéger les droits de Gibraltar et sa souveraineté", a désamorcé le porte-parole du 10 Downing street, sans clairement désavouer l’ex-leader tory. Il n’en reste pas moins tout à fait inédit qu’un Etat membre de l’Union - ce qu’est toujours le Royaume-Uni - en menace un autre de représailles militaires.

La Commission européenne, tout en rappelant qu’elle souscrit aux orientations de négociations, se place "du côté du dialogue et de la coopération", a déclaré son porte-parole Margaritis Schinas. "Vous constatez maintenant la difficulté de ce divorce", a commenté le ministre néerlandais des Affaires étrangères Bert Koender. "N’utilisons pas un langage trop dur. Négocions, c’est le plus important."