Le Venezuela s’enfonce dans la crise politico-économique

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Marie-France Cros

Cinq morts dans les manifestations de cette semaine.

On a déploré jeudi un cinquième mort dans les manifestations demandant le départ du président Nicolas Maduro. Plus alarmant pour le gouvernement de Caracas : les protestations s’étendent aux quartiers pauvres de la capitale, jusqu’ici acquis aux chavistes en raison des importants progrès sociaux sous les mandats de feu Hugo Chavez.

M. Maduro, au pouvoir depuis 2013, se réclame de ce dernier mais ses années au pouvoir ont été celles du détricotage grandissant des gains sociaux mis au crédit de son prédécesseur en raison de son incapacité à faire face aux difficultés.

Maduro insulté

Mardi dernier, le chef de l’Etat - qui passe deux heures par jour à animer une émission de radio sur la salsa - a été la cible d’insultes et de jets d’objets alors qu’il venait rencontrer la foule à San Felix (Etat de Bolivar, Sud-Est du pays), rapporte l’agence Reuters. La télévision a arrêté la retransmission alors que ses gardes du corps tentaient de le protéger.

Les anti-chavistes se partagent entre citoyens exaspérés par la crise économique - due à la chute des prix du pétrole et à l’incapacité du gouvernement, qui en aggrave les effets - et élites nostalgiques de l’époque, avant Chavez (président de 1999 à 2013), où elles faisaient la pluie et le beau temps.

Leur mouvement avait perdu de sa force, depuis quelques mois quand, dans un véritable coup d’Etat institutionnel à la fin mars, la Cour suprême s’était arrogé le pouvoir législatif pour l’enlever au Congrès, où une coalition de droite tient une large majorité des sièges depuis les élections de fin 2015. Au bout de 48h, elle avait dû renoncer à ses prétentions en raison du tollé international et national; la chef du parquet national, chaviste, avait elle aussi dénoncé la "rupture de l’ordre constitutionnel".

Qui plus est, une semaine plus tard, les Vénézuéliens apprenaient que l’ancien candidat de la droite à la présidence, Henrique Capriles - vaincu par Chavez en 2012 et, de justesse, par Maduro en 2013 - était déclaré inéligible pour quinze ans. Il s’agit d’une mesure administrative infligée par un organisme public destiné à lutter contre la corruption; l’opposition y voit un mécanisme arbitraire qui permet au pouvoir d’écarter ses adversaires politiques sans recourir à la justice.

M. Capriles est accusé d’"irrégularités administratives" entre 2011 et 2013 dans sa gestion comme gouverneur élu de l’Etat fédéré de Miranda. Avant même que tombe la sentence, le président Maduro avait dit son principal adversaire désormais "fini politiquement".

M. Capriles, issu d’une famille parmi les plus riches du pays, avait soutenu le coup d’Etat de droite contre le président Chavez en 2002 (qui avait finalement échoué grâce à la rue) et a été proche de la droite extrême à ses débuts en politique. Aujourd’hui, cependant, il est considéré comme modéré par rapport à d’autres dirigeants anti-chavistes.

Pas organisé les élections

Ces derniers ne sont unis que sur le rejet du régime Maduro, ce qui permet d’anticiper des difficultés au cas où ils arriveraient au pouvoir. Mais M. Maduro n’entend pas leur laisser cette chance.

Ainsi, son régime n’a pas permis l’organisation du référendum révocatoire - inventé par Hugo Chavez, qui s’y soumit avec succès - contre M. Maduro. Et n’a pas non plus organisé les élections régionales prévues en 2016, préférant les reporter sine die afin qu’on ne puisse mesurer la popularité des chavistes. La présidentielle est prévue fin 2018.