L'idée d'une alliance germano-russe promise à dominer le monde germe de nouveau

L'idée d'une alliance germano-russe promise à dominer le monde germe de nouveau
©REPORTERS
Boris Toumanov Correspondant à Moscou

Les chaînes de télévision russes multiplient les émissions qui mettent en avant le retour de la puissance militaire.

Toutes les chaînes de la télévision russe et surtout celles d’envergure nationale sont soumises au strict contrôle idéologique du Kremlin qui cherche à endoctriner la masse russe en lui imposant sa vision du monde et des problèmes internationaux. Les thèses agressives et belliqueuses, que l’on entend quotidiennement pendant les nombreux talk-shows, sont tenues de prouver que la Russie est encerclée par des ennemis et que tout lui est permis pour affirmer sa grandeur.

Pendant une discussion politique qui a eu lieu fin avril sur la Première chaîne de la télévision russe, le politologue américano-russe Nikolaï Zlobine a eu l’imprudence de dire que si la Russie veut augmenter son influence internationale, il serait utile - avant tout - qu’elle développe d’abord son économie. Une prise de position qui lui a valu d’être littéralement hué par l’assistance et le politologue russe Semion Bagdassarov l’a apostrophé vertement : "Nous n’avons jamais eu une économie performante, même à l’époque de l’URSS ! Par contre, et l’empire russe et l’URSS étaient des grandes puissances militaires. La Russie contemporaine doit, elle aussi, devenir une grande puissance militaire et c’est pourquoi nous devons avant tout développer nos forces armées".

Mais pour quelle raison la Russie devrait-elle développer ses forces armées ? La réponse de Vyatcheslav Nikonov, petit-fils de l’inoubliable camarade Molotov et président du Comité de l’éducation de la Douma d’Etat, n’y va pas avec le dos de la cuillère. "A propos de l’interdépendance de l’économie et de l’influence mondiale, Gengis Khan a créé son grand empire malgré le fait qu’il habitait une yourte et que le PNB de son pays était mille fois moins élevé que celui de la Chine qu’il avait conquise". Et M. Nikonov d’ajouter : "Les richesses de l’Occident sont le résultat du pillage. Il avait l’avantage militaire. Jamais l’Occident n’avait eu aucun autre avantage !"

Vladimir Soloviev, pourtant modérateur de ce talk-show quotidien, n’a pas hésité à ajouter son grain de sel : "Vous vous souvenez des Vikings et de leur manière de construire leurs relations économiques avec une Angleterre au développement économique nettement supérieur ? Ils venaient, ils frappaient sur la caboche, ils prenaient ce qu’ils voulaient et ils partaient. Il est temps pour nous d’abandonner ce déterminisme économique. Ils (NdlR - les Occidentaux) peuvent construire leur économie autant qu’ils veulent, mais il y a des canons".

Pacte germano-russe

Dans ce contexte, et pour incroyable que cela puisse paraître, l’idée d’une alliance germano-russe qui serait promise à dominer le monde, germe de nouveau dans la conscience des Russes. Le politologue Petr Fedorov, qui a participé au même talk-show, est persuadé qu’une union entre l’Allemagne et la Russie, qui permettrait d’unir les technologies allemandes aux ressources naturelles et humaines russes, deviendrait "un cauchemar pour le monde anglo-saxon".

Précisons qu’il s’agit là de l’un des innombrables échantillons de la propagande obsidionale qui donne l’impression que la Russie est menacée par presque tous les Etats du monde qui veulent l’envahir. Mais pourquoi faire ?