Turquie: la jeune fille frappée parce qu'elle portait un short pendant le ramadan soutenue sur les réseaux sociaux

L'histoire fait grand bruit en Turquie où la violence envers les femmes est en augmentation depuis l'arrivée au pouvoir d'Erdogan.

Rédaction en ligne

L'histoire fait grand bruit en Turquie où la violence envers les femmes est en augmentation depuis l'arrivée au pouvoir d'Erdogan.

L'agression a lieu dans un bus d'Istanbul, mercredi 14 juin dernier. Asena Melisa Sağlam, une étudiante en psychologie de 21 ans, est assise, le sac sur ses genoux en attendant son arrêt. Puis brusquement, un homme assis derrière elle se lève, la gifle et tente de quitter le bus comme si de rien n'était. La jeune femme ne se laisse pas faire et riposte, ce qui donne l'occasion à l'homme de la frapper à nouveau avant de partir en courant. Les témoins de la scène, pris par surprise, ont eu besoin de plusieurs secondes avant de réagir. 

Après les faits qui font couler beaucoup d'encre en Turquie, plusieurs journaux du pays ont tenté de recueillir les versions des protagonistes. Ainsi, le journal de centre-gauche Hürriyet relaie la version de l'étudiante dans son édition du 21 juin.

"Au moment où je me suis assise, il m’a dit : 'Ça s’habille comme ça pendant le Ramadan ? Tu n’as pas honte de t’habiller ainsi ?'. Je portais un combi-short avec un décolleté et j’avais mon sac sur les genoux. De toute façon, qui peut penser que ça dérange les autres ? Je n’ai rien dit jusqu’à ce qu’il me traite de 'salope'. Après qu’il m’ait dit ça, j’ai répondu sans me retourner 'Dans ce cas, ne regarde pas !'. Après ça, il m’a répondu 'Si tu montres ton cul, comment pourrais-je ne pas regarder ? Je regarderai'. Je lui ai dit 'Ça dépend de toi, de ta volonté'. Il râlait encore, du coup j’ai mis mes écouteurs. Je n’ai pas voulu l’écouter, j’ai continué mon trajet. J’ai soudain senti une douleur sur ma mâchoire gauche et j’ai crié 'Qu’est-ce que tu fais ?!' en attrapant son bras. J’ai continué de crier 'Qui es-tu ? Comment peux-tu me frapper ?'. Personne ne m’a aidée. Il m’a frappée à nouveau quand j’étais debout, le chauffeur nous regardait. Alors qu’il venait de me frapper à nouveau, je l’ai giflé. Il a ensuite tiré mes cheveux, baissé ma tête et m’a donné un coup de poing. Il est parti et personne ne l’a poursuivi ".

"J'ai juste poussé son visage avec le dos de ma main"

L'agresseur en question a été interrogé par un autre quotidien, Birgün, qui est d'ailleurs le média à avoir publié la vidéo en premier.

"J’ai averti la femme en short parce ses vêtements trop suggestifs et son entrejambe visible ont attiré mon attention. Je faisais le jeûne (pour le Ramadan) et je lui ai dit 'Mon amie, il y a quelque chose appelé la morale, les bonnes manières. Prendre les transports en commun ainsi n’est pas approprié'. Elle m’a dit de 'ne pas regarder' et je lui ai répondu que, parfois, les gens ne peuvent pas contrôler leurs désirs et que sa façon de s’habiller m’avait excité. Elle a soufflé et a commencé parler de moi avec quelqu’un au téléphone 'Un homme dans le bus est en train de me donner des conseils stupides sur la religion etc.'. J’ai entendu et je me suis énervé. Je lui ai dit d’arrêter de parler de moi avec quelqu’un au téléphone… Et, j’ai juste poussé son visage avec le dos de ma main doucement avant de descendre du bus."

L'homme a pu être identifié par les médias turcs comme Ercan Kızılateş. Il est d'ailleurs connu de la justice pour des faits tout à fait différents. Ainsi, trois jours après l'agression, il a été arrêté pour... des impôts impayés. Il a été relâché dans la foulée. La jeune femme a alors demandé son arrestation au procureur, ce qui a été fait. Il a été relâché une seconde fois en attendant son procès. "Mon seul souhait à l’égard du système judiciaire est qu’une peine appropriée et dissuasive soit prononcée contre l’agresseur", a expliqué de son côté la victime.

"Tu as mérité ce qui t'es arrivé"

"Je ne cherche pas à discréditer le ramadan, l'islam ou diffamer la religion. Cette personne m'a attaquée, m'a harcelée et m'a frappée", raconte encore la jeune femme à Hürriyet. "Après cette expérience, des amis proches en ont profité pour me dire 'On t’avait prévenue'. Ces commentaires ne me surprennent pas, les gens ne s’intéressent pas à ces agressions. Si je me suis habillée comme ça, c’est que j’ai soi-disant mérité ce qui m’est arrivé?"

Face à cette "justification", une vague de soutien s'est lancée sur les réseaux sociaux envers la jeune femme. Grâce au hashtag #melisasağlamyalnızdeğildir (Melisa Saglam n’est pas seule), plusieurs femmes ont posté des photos, jambes découvertes, pour témoigner de leur soutien.

La violence envers les femmes explose en Turquie depuis l'arrivée d'Erdogan

Cette histoire ne serait que la dernière d'une longue liste de violences faites aux femmes dans le pays d'Erdogan. Ces violences sont même en augmentation depuis l'arrivée au pouvoir du parti d'Erdogan, l'AKP. Entre 2002 et 2009, les meurtres de femmes ont ainsi augmenté de 1400%, selon un rapport publié dans Le Point. Depuis le début de l'année 2017, 173 femmes ont été tuées contre 127 à la même époque en 2016. En revanche, le nombre de nouvelles sur les agressions dans les médias sont en baisse de 4.090 à 2.044. Les associations analysent cela comme une conséquence de la banalisation de ce type de violence ainsi des pressions politiques sur les médias.