"Il n’y a pas de justice en Turquie"

"Il n’y a pas de justice en Turquie"
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Propos recueillis par A.B. à Bolu

Kemal Kilicdaroglu, chef du Parti républicain du peuple (CHP), est l'initiateur de la "marche pour la justice". Nous avons pu lui demander ses objectifs en 3 questions.

1 - Pourquoi avoir organisé cette "marche pour la justice" ?

Parce qu’il n’y a pas de justice en Turquie. Après la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016, la Turquie est entrée dans une nouvelle période : des milliers de professeurs ont été limogés, des journalistes sont emprisonnés, des cas de torture et de mauvais traitements ont été attestés et le Parlement a été dépossédé de son autorité. Pour reconstruire la démocratie, il nous faut d’abord retrouver la justice, c’est donc pour reconstruire notre démocratie que nous marchons d’Ankara à Istanbul.

2 - Comment cette marche prendra-t-elle fin ? Qu’allez-vous faire une fois arrivés à Istanbul ?

Nous tiendrons un grand rassemblement à Maltepe, devant la prison où le député Enis Berberoglu est incarcéré. Mais il faut comprendre que cette marche ne prendra fin qu’au moment où la justice sera rétablie dans ce pays. Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour atteindre cet objectif. Nous allons soutenir tous les mouvements qui émergeront, dans les rues, dans les usines, jusqu’à ce que la justice soit rétablie en Turquie. On vous a reproché, notamment après le référendum du 16 avril, d’exercer une opposition trop faible face au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan.

3 - Est-ce que cette marche est une réponse à ces critiques ?

Non. Erdogan et son équipe ont ensuite effectué un véritable coup d’Etat civil [avec le passage à un régime présidentiel]. C’est pourquoi nous voulons que tous les acteurs de la démocratie de ce pays se lèvent avec nous. Certains disent : vous devriez vous opposer davantage. Mais nous nous opposons déjà, à l’Assemblée, et maintenant dans la rue ! Et cette opposition que vous voyez et que nous voulons maintenant construire, ce n’est pas celle d’un parti politique; cette marche doit être l’occasion d’une opposition populaire.