Tourisme sexuel : à Saly, de la plage à "l'Etage"

Laurence Bertels
Tourisme sexuel : à Saly, de la plage à "l'Etage"
©bureaux régionaux

La prostitution clandestine est en hausse au Sénégal et en Gambie. Reportage des plages de la Petite Côte aux bars de Dakar, où défilent les touristes sexuels. Jeunes femmes ou jeunes hommes tentent de les enivrer pour échapper à la pauvreté. Reportage.

Il suffit de quelques pas sur la plage de Saly, station balnéaire pleine de charme au Sénégal, sur La Petite Côte, connue pour ses possibilités de rencontres, pour observer le manège des uns et des autres. Une partie de football s’improvise en un rien de temps, avec vue sur mer, cocotiers et corps musclés qui enivrent certaines de ces dames… Conscients de leur potentiel, de jeunes hommes, assis sur le sable, assistent au match, effectuent leurs pompes au passage, puis balaient les environs du regard, n’hésitant pas à se retourner avec insistance lorsqu’une proie semble mordre à l’hameçon.

Quelques pas alanguis et nous voici abordée avec un sourire par un jeune homme de toute beauté, la kora à l’épaule. Un musicien, en plus ! Voire un poète ? S’entame alors un dialogue d’une banalité affligeante à laquelle l’on feint de croire. Il ne s’agit pas de drague pure et dure, vulgaire et insistante. Les déclarations, certes mensongères, s’enrobent d’une fausse candeur à laquelle finissent sans doute par croire les âmes et corps en peine. Après, libre à chacun de prolonger l’entretien, ou pas, de se donner un rendez-vous le lendemain, ou de "poser un lapin", comme on dit, histoire d’être tranquille. Rien de bien méchant, en apparence, même si l’on sait où mènent ces approches.

La plage, cela dit, est presque déserte. Le Sénégal souffre en effet d’une importante baisse du tourisme depuis 2008 à cause de la peur d’Ebola - bien que le Sénégal ait été épargné - du terrorisme et de l’impressionnante avancée de la mer sur la terre (elle a monté de plusieurs mètres, réduisant parfois à une petite bande de sable bordée de cocotiers les landes qui, autrefois, faisaient rêver). Même dans les hôtels quatre étoiles, le personnel se permet de nous accoster, en nous demandant avant tout où est le gazou (traduire "le mari").

A l’hôtel, l’un des mieux fréquentés de Saly, apparaissent également des couples mixtes. Qu’il s’agisse de jeunes Sénégalaises avec des Européens âgés ou de femmes blanches sexagénaires et bien en chair aux côtés de jeunes hommes aussi beaux que musclés. A chaque table, transpire le même sentiment d’ennui de la part du Sénégalais qui se tait, regarde dans le vide ou pianote sur son téléphone.

Rendez-vous à "l’Etage"

Plus tard, dans la nuit, c’est à "L’Etage", boîte de nuit au nom prémonitoire, que tout se passe. D’emblée apparaît une brochette de (très) jeunes femmes seules, assises les unes à côté des autres, avec vue imprenable sur l’entrée de la boîte de nuit. Et sur les clients potentiels. Puisque leur tenue, leur attitude, leur beauté provocante ne laissent planer aucun doute sur leurs intentions. Pas loin d’elles, une tablée d’hommes âgés d’une soixantaine d’années, rient et boivent de bon cœur, ivres de joie à l’idée de la nuit qui les attend, voire aux beaux jours qui suivront. Nombre d’entre eux viennent s’installer au Sénégal, là où, malgré leur maigre retraite française, ils se sentent riches comme Crésus. Là, aussi, où ils trouveront l’âme sœur et feront semblant d’y croire le temps d’une fausse idylle et d’un vrai dénuement.

Une jeune femme belle comme un cœur avec ses joues rondes et ses tresses claires, accepte, docile, de venir à notre table grâce à l’ami sénégalais qui nous accompagne et qui l’y a invitée. Elle ne connaît, dit-elle, aucune de ses voisines. Âgée, pour sa part, d’une trentaine d’années, elle habite en Gambie et vient au Sénégal pour acheter des marchandises pour son magasin. Ou pour arrondir ses fins de mois ? Mère de deux enfants, divorcée, elle vient quelques jours au Sénégal chaque mois. Nous n’en saurons pas plus. Pendant qu’elle nous parle, défile un impressionnant flot de filles aux shorts et décolletés plus courts et plongeants les uns que les autres.

Au fil des heures, la boîte s’emplit et s’enfume jusqu’aux premiers pas de danse. Et quels pas ! Affolants, résolument sexy et pratiquement irrésistibles… Un langage corporel extrêmement engageant.

Même scénario au "Patio"

On assiste au même scénario au "Patio", à Dakar où ce restaurant à ciel ouvert devient chaque soir le théâtre de scènes étonnantes. Au fil de la soirée, arrivent des jeunes filles seules dont la chevelure (une perruque en réalité), la tenue, l’attitude feraient perdre la tête à plus d’un homme. Impossible, en effet, de garder les yeux dans la poche lorsque déambulent, d’une démarche chaloupée, d’incroyables créatures perchées sur des talons aiguilles d’une vingtaine de centimètres, moulées dans des robes mini, parfois lamées de doré, qui laissent plus que deviner de longues jambes effilées, tandis que leur poitrine généreuse s’apprête à sortir du corsage. D’autres adoptent le jean taille hyperbasse sur body moulant et toujours la même, et semble-t-il réglementaire, hauteur de talons. Vertigineux.