France: le chef d'état-major démissionne après un conflit avec Macron

AFP

En désaccord avec le président Emmanuel Macron qui l'avait vertement recadré la semaine passée, le chef d'état-major des armées françaises, Pierre de Villiers, a annoncé mercredi quitter son poste, une démission inédite synonyme de première crise du quinquennat.

"Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d'assurer la pérennité du modèle d'armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français", a écrit le général de Villiers, 60 ans, en annonçant son départ après avoir critiqué les coupes budgétaires imposées à la Défense.

C'est le général François Lecointre, jusqu'à présent chef du cabinet militaire du Premier ministre, qui va lui succéder. Il s'agit, selon Emmanuel Macron, cité par le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner, d'"un héros, reconnu comme tel dans l'armée".

Cet homme athlétique de 55 ans issu de l'infanterie de marine associe une longue expérience du terrain (Irak, Somalie, Rwanda, ex-Yougoslavie...) à un parcours dans différents états-majors et en ministère.

"C'est un officier exceptionnel et expérimenté", a salué la ministre des Armées, Florence Parly, qui a dans la foulée rendu "hommage à l'action du général de Villiers".

Si M. Macron, par la voix de M. Castaner, a lui aussi tenu à saluer Pierre de Villiers, un "grand militaire", sa démission, fait sans précédent sous la Ve République, intervient après plusieurs rappels à l'ordre présidentiels.

A l'origine de ce courroux, les critiques du général sur les 850 millions d'euros d'économies réclamés cette année aux armées, dans un contexte de restrictions budgétaires générales.

Personnalité intègre et rugueuse, apprécié de ses hommes, Pierre de Villiers s'était exprimé à huis clos, à l'Assemblée nationale, assurant qu'il n'allait pas se "laisser baiser" et que la situation n'était "pas tenable".

En poste depuis 2014, il se plaignait régulièrement de l'insuffisance des moyens à l'heure où la France est engagée sur plusieurs fronts, du Sahel au Moyen-Orient en passant par la France, avec l'opération Sentinelle.

Après avoir sèchement recadré le général la veille du défilé militaire du 14 juillet devant des soldats interloqués, en martelant "je suis votre chef" et en reprochant à Pierre de Villiers d'avoir mis de façon "indigne" une polémique budgétaire "sur la place publique", le président a enfoncé le clou dimanche.

"Si quelque chose oppose le chef d'état-major des armées au président de la République, le chef d'état-major des armées change", a-t-il asséné dans une interview.

"Le général de Villiers a exprimé un désaccord. Il a parfaitement le droit", a réagi mercredi le Premier ministre Edouard Philippe. "Mais comme un militaire, avec honneur, il ne peut pas contester les choix faits par son chef. Il a donc tiré les conséquences du désaccord".

Mercredi, M. Macron a encore justifié les mesures d'économie imposées à l'armée, assurant que le budget retenu "permet de protéger le pays".

'Accroc' 

Jusqu'à présent, les relations entre les militaires et le nouveau président étaient au beau fixe, M. Macron ayant multiplié les signaux en leur direction: visite à des blessés de guerre le jour de son investiture, déplacement sur la base militaire française de Gao, au Mali, hélitreuillage à bord d'un sous-marin nucléaire...

Le chef de l'État s'est par ailleurs engagé à consacrer 2% du PIB à l'effort de défense d'ici à 2025.

"Macron (...) avait réussi à s'attirer la sympathie des militaires. Là, il y a probablement un accroc qui va être un peu difficile à remonter", a relevé pour l'AFP le général à la retraite Dominique Trinquand, ancien conseil de M. Macron pour qui cet épisode constitue "la première crise" du président élu le 7 mai.

La démission du général de Villiers a redonné du tonus à l'opposition: à droite, les députés Les Républicains (LR) ont dénoncé "la dérive d'un pouvoir personnel" tandis que la présidente du parti d'extrême droite Front national, Marine Le Pen, voit dans cet épisode l'illustration des "limites très inquiétantes de Monsieur Macron".

Le chef du groupe Nouvelle gauche (ex-Parti socialiste et apparentés) à l'Assemblée, Olivier Faure, a déploré "une crise de confiance entre les armées et le chef de l'État".

"Ce qui est fondamental, c'est que le budget de la Défense est le seul dont on connaisse la hausse sur cinq ans", a rétorqué Gilles Le Gendre, porte-parole de la majorité à l'Assemblée, alors que le chef de l'Etat a promis un budget 2018 en hausse, à 34,2 milliards d'euros.

Jean-Jacques Bridey, ancien conseiller défense d'Emmanuel Macron pendant la campagne et président de la commission Défense de l'Assemblée, a dit "regretter" la démission du général. "Maintenant, il faut passer à autre chose", a-t-il cependant souhaité.