Avec Maduro, le pouvoir vénézuélien prend un air de dictature

Ch. Ly. (avec AFP)

Acculé par la crise, le président Maduro neutralise l’opposition et noyaute le pouvoir.

L’armée vénézuélienne affirme avoir maté dimanche une tentative de coup d’Etat menée par quelques militaires qui dénonçaient "la tyrannie assassine de Nicolas Maduro" dans le pays, épuisé après la chute des revenus pétroliers, la hausse vertigineuse (plus 53 %) de l’extrême pauvreté, des dizaines de morts et des mois de manifestations contre le président socialiste,

Le pouvoir a dénoncé dimanche "une attaque de terroristes" mais le chef des putschistes, un certain Juan Caguaripanoa, a indiqué que "ce n’est pas un coup mais une action militaire et civile pour rétablir l’ordre constitutionnel".

Il faisait référence à la décision du président vénézuélien de créer une "Constituante", un superpouvoir au-dessus du parlement et des autres institutions de l’Etat. Cette institution parallèle, qui a commencé ses travaux samedi, fait craindre à l’opposition et à l’étranger l’émergence d’une dictature dans ce pays pétrolier latino-américain de plus de trente millions d’habitants.

"Le pouvoir des pouvoirs"

Selon M. Maduro, c’est pour "apporter la paix" et "la démocratie directe" dans le pays que l’assemblée a été mise sur pied. Mais le leader socialiste a aussi déclaré que cette Constituante avait champ libre pour "tout régénérer, tout créer, c’est le pouvoir des pouvoirs".


La Constituante "est une mesure désespérée d’un gouvernement qui sait qu’il ne peut convoquer d’élections car il va perdre", a souligné Diego Moya-Ocampos, analyste d’IHS Markit à Londres, dans une interview à l’AFP.

Majoritaire au parlement, où elle a bloqué plusieurs projets de loi,l’opposition voit dans la manœuvre du Président une manière de contourner une Assemblée nationale qui lui échappe.

La plupart des dirigeants les plus influents du clan Maduro se retrouvent dans la Constituante, qui a le pouvoir de réécrire la Constitution. L’un d’eux est le vice-président du parti au pouvoir, le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV), Diosdado Cabello, qui a annoncé dimanche que la rébellion avait été matée. C’est un connaisseur : en 1992, il avait participé comme lieutenant de l’armée à une tentative avortée de coup d’Etat contre le président d’alors, Carlos Andrès Perez, mené par Hugo Chavez.

Le président Maduro a succédé à Chavez lorsque ce dernier est décédé en 2013. Peu de temps après, les prix mondiaux du pétrole ont baissé, emportant le Venezuela dans une crise économique car 95 % des revenus de ses exportations dépendent de l’or noir. Tombant en disgrâce dans l’opinion publique, M. Maduro a tenté alors de concentrer les pouvoirs dans ses mains. Les choses ont empiré quand la Cour suprême a décidé de s’arroger les pouvoirs du parlement en mars dernier, avant d’y renoncer. Depuis, les manifestations sont quasi-quotidiennes.

Une ancienne chaviste limogée

A peine installée, la Constituante a limogé samedi la procureure générale Luisa Ortega, qui devenait trop gênante pour le pouvoir. Des unités de la Garde nationale bolivarienne l’ont empêchée d’accéder à ses bureaux et elle a dû quitter les lieux assise à l’arrière d’une moto. "C’est une dictature";, a dénoncé cette ancienne chaviste de 59 ans qui dénonce la dérive autoritaire du président et de son clan.


Par ailleurs, un des chefs de l’opposition, Leopoldo Lopez, a de nouveau été placé en résidence surveillée samedi soir. Le même sort a été réservé au maire de Caracas.


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