L’Allemagne découvre avec effroi son pire tueur en série

Ch. Ly.

L’infirmier Niels Högel a assassiné au moins 90 patients en "réa", peut-être le double.

De 90 à 180 morts, c’est le nombre effroyable des victimes attribué au pire tueur en série de l’histoire de la République fédérale allemande : l’infirmier Niels Högel, 40 ans.

Ce bilan vient d’être tiré par une commission d’enquête, "Kardio", établie en 2014, qui, sur base des recherches policières, est arrivée à la conclusion que l’homme déjà condamné à la perpétuité en 2015 pour deux meurtres et quatre tentatives en avait, en réalité, commis beaucoup d’autres. Après "134 exhumations et plusieurs centaines de témoignages, on peut prouver au moins 90 meurtres, et il y en a au moins autant qu’on ne peut pas prouver", a déclaré lundi le chef de l’enquête Arne Schmidt devant la presse médusée. "Ce n’est que la pointe de l’iceberg", a-t-il ajouté, car de nombreuses victimes potentielles ont été incinérées par crémation.

Niels Högel - qui affirme avoir tué "par ennui" - a opéré jusqu’en 2005 dans deux cliniques du nord du pays, à Delmenhorst et à Oldenbourg, avant d’être repéré par un collègue.

En général, il injectait des médicaments en surdosage à des patients placés en service de réanimation. Ensuite, selon ses dires, il tentait de les ramener à la vie par un massage cardiaque, pour obtenir les félicitations des médecins et de ses collègues.

Mais le doute a finalement prévalu. "Il fallait sans cesse réanimer des patients lorsque Niels Högel était en service", a expliqué Otto Dapunt, un ancien médecin-chef d’Oldenbourg.

La clinique a cherché à se débarrasser de son infirmier et lui a même octroyé un certificat de bons et loyaux services, qui lui a permis d’être engagé dans la clinique de Delmenhorst.

C’est là, en 2005, qu’un collègue l’a surpris en train d’injecter à un patient du Gilurytmal qui, en surdosage, peut provoquer un arrêt cardiaque.

De fil en aiguille, la publicité donnée à sa première condamnation en 2008 a permis de découvrir d’autres décès suspects.

Ses victimes étaient de tous âges, femmes et hommes. Le tueur ne se souvient pas de tous. Il n’a pu donner des détails que sur une trentaine de victimes.

Une opinion publique choquée

Le fait que l’infirmier ait fait l’objet de soupçons dans la première clinique dès 2001, sans que l’affaire soit portée à la connaissance de la police, choque l’opinion publique allemande. De même que le peu de contrôles dans les hôpitaux.

D’autant plus que le pays a connu d’autres affaires, comme celle de l’infirmier Stephan Letter qui avait été condamné en 2006 à la prison à la perpétuité pour le meurtre de 28 malades.

Niels Högel est en tout cas devenu le pire tueur en série de l’histoire de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. Il côtoie désormais des assassins comme le Colombien Luis Garavito (147 victimes) ou l’Américain Gary Ridgway (90). En Belgique, Marie Becker, surnommée la "veuve noire", avait empoisonné onze personnes dans les années trente.

 

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