Une députée révèle le harcèlement au sein du Parlement européen, qui veut faire appel à des experts indépendants

En une minute, Karima Delli a dénoncé avec force le harcèlement au Parlement européen.

Rédaction en ligne et AFP

En une minute, Karima Delli a dénoncé avec force le harcèlement au Parlement européen.

L'affaire Weinstein secoue la vie à Hollywood mais pas seulement. #MeToo, #balancetonporc, les milliers de tweets dénonçant les agressions et le harcèlement sexuel ont eu une forte résonance au sein même du monde politique et notamment du Parlement européen.

Mercredi, une session plénière sur le thème du combat contre les agressions sexuelles et les abus dans l'Union européenne a délié les langues. La députée européenne Karima Delli (Les Verts/Alliance libre européenne) a dénoncé avec force les cas de harcèlement dans l'hémicycle.

"Il y a deux hommes parmi mes collaborateurs. Est-ce qu'il m'est déjà arrivé un jour d'enfermer l'un d'entre eux dans mon bureau, (...) ou de leur pincer les fesses dans un ascenseur ? Jamais."

"Il va falloir balayer devant notre propre."

Le Parlement européen compte 751 députés et environ 5.000 assistants, aux statuts de contractuels pour la plupart précaires. A Strasbourg, il existe une cellule interne, le comité de lutte contre le harcèlement. Le président du Parlement de Strasbourg, Antonio Tajani, assure qu'aucune plainte formelle n'a jusqu'à présent été enregistrée. Pour Politico, qui enquête depuis plusieurs semaines sur le sujet du harcèlement au sein de la sphère politique européenne, la plupart des jeunes femmes rencontrées ne connaissent pas l'existence de ce comité.

Le Parlement européen veut faire appel à des experts indépendants

Les députés européens ont réclamé jeudi la création d'un "comité d'experts indépendants" qui serait chargé d'aider à lutter contre le harcèlement sexuel interne au Parlement.

Ces experts devraient avoir pour mandat d'"évaluer" et de "proposer des modifications" du travail mené par les deux instances qui existent déjà au sein de l'assemblée pour faire la lumière sur les cas de harcèlement ou d'abus sexuels, ont plaidé les eurodéputés dans une résolution adoptée en séance plénière à Strasbourg.

Les parlementaires souhaitent également la mise en place de "formations obligatoires pour l'ensemble du personnel et des députés sur le respect et la dignité au travail".

La réglementation interne à l'institution doit également mieux tenir compte de celles et ceux qui "occupent les postes les plus fragiles, telles que les stagiaires et les assistants parlementaires accrédités", a souligné la résolution.

"Bien trop souvent", les assistants des députés "ont peur de dénoncer" le harcèlement dont ils sont victimes, car ils peuvent être facilement licenciés, regrettent les élus.

De ce fait, des experts indépendants devraient participer aux procédures de licenciement pour en garantir le caractère "impartial", ont-ils plaidé.

Des cas de harcèlement au sein du Parlement ont été révélés ces derniers jours dans les médias, dans le sillage de la vague de témoignages déclenchée par le scandale Weinstein.

Selon le service de presse du Parlement, une dizaine de cas ont été signalés au comité interne consacré aux assistants parlementaires accrédités et aux députés, mais sans dimension sexuelle.

En revanche, des "cas de harcèlement sexuel ou de viols" ont été rapportés directement auprès du département des ressources humaines du Parlement, débouchant sur des "sanctions" et des "mesures disciplinaires", selon des sources parlementaires.

"Dans ce Parlement européen, il n'y a pas plus de harcèlement qu'ailleurs, mais il n'y en a pas moins non plus", avait reconnu mercredi, lors d'un long débat consacré à ce phénomène, l'élu socialiste français Edouard Martin.

L'une des assistantes de M. Martin, Jeanne Ponté, a recensé depuis 2014 près de 50 comportements sexistes au sein du Parlement - dont elle a été témoin elle-même ou qui lui ont été rapportés.

Au moins deux eurodéputées - l'Allemande Terry Reintke et l'Italienne Eleonora Forenza - avaient évoqué dans l'hémicycle leur propre expérience, expliquant sans entrer dans les détails qu'elles avaient déjà subi des faits ou des propos déplacés, "comme des millions d'autres femmes dans l'Union européenne".

"Cette violence est liée à la répartition inégale du pouvoir entre les femmes et les hommes au sein de notre société", a estimé jeudi dans sa résolution le Parlement, plaidant pour la "tolérance zéro" et la fin de l'"impunité" pour les harceleurs.