Le père du Premier ministre soutient un ami condamné pour pédophilie, les Islandais retournent aux urnes

Des élections anticipées se tiendront en Islande, un an après les précédentes. Elles ont été convoquées après que l'on a appris que le père du Premier ministre avait aidé un de ses amis, condamné pour pédophilie, à recouvrer ses droits civiques.

Les Islandais retournent une nouvelle fois aux urnes, après un nouveau scandale
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Slim Allagui

La confiance des Islandais dans leurs dirigeants s'est encore brisée à la suite d'un nouveau scandale sur fond de pédophilie. Ils retournent aux urnes samedi, un an après les dernières élections anticipées provoquées par l'affaire des Panama Papers.

Cette fois-ci, tout est parti d'une lettre de recommandation du père du Premier ministre Bjarni Benediktsson aux autorités plaidant pour un ami, Hjalti Sigurjón Haukssons, un avocat condamné à 5 ans de prison pour pédophilie, ayant abusé de sa belle-fille dès son plus jeune âge, jusqu'à 17 ans.

Le Premier ministre Benediktsson embarrassé par la soutien accordé par son père à un pédophile

En effet, les personnes condamnées peuvent demander, selon une loi intitulée "Restauration de l'honneur", de recouvrer leurs droits civiques et doivent recueillir la caution morale d'au moins deux citoyens au-dessus de tout soupçon pour espérer l'obtenir. Une loi controversée dont le but est de réintégrer les anciens criminels dans la société.

Sauf que le chef de la coalition gouvernementale tripartie de centre-droit (Parti de l'indépendance, Parti de la réforme et Avenir radieux) a tenté d'étouffer cette affaire embarrassante, provoquant le retrait le mois dernier d' Avenir radieux, et précipitant un scrutin anticipé.

Le Premier ministre s'est défendu "de dissimuler cette affaire sous le tapis", se déclarant "choqué par la lettre" de son père cautionnant son ami, et considérant cette procédure de restauration de l'honneur "incompatible avec la sensibilité de l'opinion publique".

Les Islandais sont las des scandales politiques, mais le parti du Premier ministre sortant part favori

En effet la population islandaise, très méfiante à l'endroit des politiques depuis la crise financière de 2008 qui a conduit l'île de 340 000 habitants au bord du précipice, a de plus en plus de mal à accepter les scandales à répétition.
Les mouvements de femmes, notamment, ont été offusquées d'apprendre qu'un ancien avocat Robert Arni Hreidarsson, condamné en 2007 pour le viol de quatre adolescents, ait vu son honneur "lavé" en 2016 et sa licence restituée. D'ailleurs ce sont ces dernières victimes qui ont alerté l'opinion et les médias sur cette affaire, et organisé des manifestations, précipitant l'éclatement du gouvernement.

Mais les électeurs ne semblent pas sanctionner le Parti de l'indépendance du Premier ministre sortant. Selon un dernier sondage, il obtiendrait 24% des voix, suivi du Mouvement vert et de gauche (19%) et de l'Alliance (sociaux-démocrates) 14,3%.
Quant au Parti pirate, qui a défrayé la chronique lors des dernières élections, en devenant la troisième force du Parlement, ne recueillerait que 9% des suffrages à l'issue d'une campagne axée sur la morale dans un pays où la croissance est revenue (3,5%) et le chômage au plus bas (environ 4,5%).