Connecté de 5h à minuit, Guy Birenbaum est tombé en dépression : "Internet, les notifications, c'est de la dopamine en barre"

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©Pierre Olivier – Europe 1 – Capa Pictures
Jacques Besnard

C'est une première en Belgique. La chaîne Lidl vient d'interdire les mails internes de ses employés de 18 à 7h du matin. Une bonne idée pour éviter d'être trop connecté ? Ancien directeur de franceinfo, devenu récemment conseiller du Vice-président d'Europe 1, Guy Birenbaum a connu une phase d'hyperconnexion. Entre le boulot et les réseaux sociaux, le journaliste était sur le web de 5h du matin à minuit, tweetant jusqu'à cent messages par jour. Un matin, en 2014, il n'a pas réussi à se lever de son lit. Une dépression. Une fois guéri de sa maladie, il a décidé de se "désintoxiquer" et a sorti un livre : "Petit manuel pour dresser son smartphone" (Mazarine). 

Lidl a décidé de suspendre les mails pros de ses employés après 18 heures. Que pensez-vous de cette idée ?

Dans l'absolu, c'est une bonne idée. On est dans une société de l'accélération permanente et on s'aperçoit que ce n'est pas si génial, qu'on doit mettre des freins et des ralentisseurs sur la route. L'efficacité dans l'entreprise (privée et publique) passe avant le bien-être des gens. Tout d'un coup, on s'aperçoit qu'il y a un vrai souci. Après, n'est-ce finalement pas un moyen de repousser le problème ? Il va bien falloir répondre à ces mails à un moment ou un autre. Je crois que 18 heures c'est un peu tôt, j'aurais peut-être plus misé sur 19h30 - 20h.

Vous étiez hyper connecté et, d'un coup, vous êtes tombé en dépression, ce n'est pas forcément la cause de votre maladie mais cette hyperconnexion a-t-elle pu contribuer à votre mal-être ?

On ne fait pas une dépression parce qu'on est trop au téléphone ce n'est pas cela le sujet. Si on est constamment connecté, c'est sans doute qu'on a d'autres problèmes. Cela cache autre chose et c'était mon cas. Quand ça ne va pas très bien au boulot, quand vous avez des soucis au niveau personnel, je pense que c'est une évasion extraordinaire, l'infini d'internet. C'est formidable pour se paumer.

Connecté de 5h à minuit, Guy Birenbaum est tombé en dépression : "Internet, les notifications, c'est de la dopamine en barre"
©D.R.

"Plus on peut rester à distance, mieux c'est"

C'était comme une drogue ?

Les neurologues l'expliquent très bien. Internet, les notifications, c'est de la dopamine en barre. La fonction "refresh" par exemple est diabolique car il y a une tentation permanente de voir s'il y a du nouveau. C'est une addiction...

Quels enseignements avez-vous tiré de votre dépression ?

Je gère ma connexion de la manière la plus vertueuse possible, en aménageant de grandes plages de déconnexion. Plus on peut rester à distance, mieux c'est. Tout ce qui nous éloigne de la connexion permanente est bon: le sport, la balade, la vie quoi... Notre problème, c'est qu'on n'accepte plus de s'ennuyer. On sort le téléphone quand on fait la queue, dans une salle d'attente... J'ai toujours un livre dans la poche, j'essaie de lire le plus que je peux. C'est mieux du strict point de vue des neurones, cela développe l'imaginaire. Et puis j'ai supprimé les notifications. A part les SMS et les appels téléphoniques, je n'ai rien. Moi, à Radio France, s'il y avait un mail important, je disais à mon patron de m'avertir par SMS. Et puis, il y a une étude américaine qui dit que si vous mettez votre téléphone en noir et blanc, cela vous attire moins.

Vous parlez de "servitude volontaire".

Oui, parce qu'on s'est imposé cette hyperconnexion seul aussi. Personne ne vous oblige à passer autant de temps sur Facebook, Instagram ou Twitter, à jouer à Candy Crush. C'est nous qui pensons qu'on doit y passer des heures et des heures car on pense que c'est bon pour nous.