Bolsonaro s'attaque à l'Amazonie: "C’est la région la plus riche du monde. Il y a moyen de l’exploiter de manière rationnelle"

Le président brésilien fraîchement élu a la luxuriante forêt dans sa ligne de mire.

Jair Bolsonaro s'attaque à l'Amazonie
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Th. L.

Le président brésilien fraîchement élu a la luxuriante forêt dans sa ligne de mire.

Le 1er janvier dernier, Jair Bolsonaro a pris la tête du Brésil. Élu avec 55 % des voix, le controversé nouveau président de la première économie du continent sud-américain a rappelé les grandes lignes qu'il compte donner à son mandat. Très libéral économiquement et conservateur sur le plan des mœurs, Bolsonaro veut libéraliser par décret le port d'armes à feu. Son gouvernement compte notamment 7 militaires à la retraite ainsi que des évangélistes très influents.

Les populations indigènes devenues gênantes

Afin de développer l'économie, l'ancien militaire n'envisage pas trop de s'embêter avec l'écologie. Alors que Bolsonaro, avec Trump comme modèle, avait un temps envisagé de quitter les accords de Paris, il s'est finalement ravisé sous la pression de certains de ses conseillers. Il a toutefois rappelé qu'il restait dans ces accords en exigeant que "la souveraineté du Brésil sur l’Amazonie soit pleinement respectée." Dans le viseur de Bolsonaro, les populations indigènes qui vivent dans l'immense forêt amazonienne, véritable poumon de la planète. Certains peuples amérindiens vivent dans des lieux protégés par la constitution brésilienne. Hélas pour eux, ces terres regorgent de richesses minières, hydrauliques et agricoles. Il y a quelques jours, un décret a été publié dans lequel le ministère de l'agriculture récupère les compétences suivantes : cartographier, délimiter et démarquer les terres autochtones qui étaient dans le giron de la Fondation nationale de l’Indien, en charge des politiques relatives aux populations indigènes. Le but est de remettre la main le plus vite possible sur ces terrains afin de les exploiter.

Ce fameux décret devra être approuvé par le Congrès dans 4 mois. Bolsonaro souhaite également "normaliser" les population indigènes. Il a tweeté ceci: "Plus de 15% du territoire national est délimité comme terres indigènes et quilombolas (ndlr: communautés de descendants d’esclaves en fuite). Moins d’un million de personnes vivent dans ces lieux, isolés du vrai Brésil, exploités et manipulés par des ONG. Nous allons intégrer ensemble ces citoyens."

Une lobbyiste ministre de l'agriculture

Pour mener les différentes politiques agricoles, Bolsonaro a nommé en tant que ministre de l'agriculture Tereza Cristina. Cette dernière est une députée très proche du lobby de l’agrobusiness qui a notamment défendu et voté la loi qui allège les règles d'usage des pesticides. Il y a également une autre région dans la ligne de mire de ce nouveau gouvernement, celle de la réserve indigène Raposa-Serra do Sol, située dans le nord du pays, dans l’État de Roraima. Cette partie du pays, étendue sur plus de 17.000 km carrés, a été délimitée avec fracas en 2005 par Lula. Il s'y trouve plus de 17.000 indigènes et un sol très riche en métaux rares tels que l'or, l'étain, le cuivre ou encore les diamants."C’est la région la plus riche du monde. Il y a moyen de l’exploiter de manière rationnelle. Et du côté des indigènes, de leur verser des redevances et de les intégrer à la société", déclairait Bolsonaro en décembre dernier.

Un défi de taille attend Bolsonaro et les siens. Comme les lieux où vivent les amérindiens sont protégés par la constitution, il faudra obligatoirement la modifier avant de toucher aux richesses de ces sous-sols.Toucher à la Constitution exige une majorité de 60% lors de deux votes des parlementaires. Etant donné que le Congrès est extrêmement disparate (il compte plus d'une quarantaine de partis !), rien n'indique que le président actuel obtiendra ce qu'il veut. Dans le cas contraire, il serait obligé de négocier, voire soudoyer (pratique courante dans le pays), certains députés pour réunir une majorité assez conséquente. 


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