Mitzi Jonelle Tan, une voix des pays du Sud à la COP27

Mitzi Jonelle Tan défend la voix des pays du Sud, dans les pas de Greta Thunberg qui s’est effacée cette année.

Youth activist Mitzi Jonelle Tan of the Philippines, is pictured at the Sharm el-Sheikh International Convention Centre, during the COP27 climate conference in Egypt's Red Sea resort city of the same name, on November 14, 2022. (Photo by Mohammed ABED / AFP)
L'activiste Mitzi Jonelle Tan (Philippines) à Sharm el-Sheikh, lors de la COP27 ©AFP or licensors

À la COP27 en Égypte, Mitzi Jonelle Tan défend la voix des pays du Sud, dans les pas de Greta Thunberg qui s’est effacée cette année. Un combat qu’elle mène toute l’année dans son pays, les Philippines, où militer peut coûter la vie. Le dérèglement climatique, Mitzi Jonelle Tan, 25 ans, le vit au quotidien : sa ville, Marikina, est régulièrement frappée par des typhons, et la capitale philippine Manille pourrait à terme être engloutie par les eaux, tandis que l’acidification des océans privera des millions de pêcheurs de son archipel de gagne-pain. Pourtant, aux Philippines, comme dans d’autres pays en développement, les militants du climat sont menacés. Sur les 200 défenseurs de l’environnement tués en 2021, 19 vivaient aux Philippines, selon l’ONG britannique Global Witness.

"C’est un des pays les plus dangereux au monde pour les militants du climat, ces dix dernières années, 270 d’entre eux ont été assassinés", affirme à l’AFP la jeune femme, crop top, lunettes rondes sur le nez et tatouages aux bras. "C’est ce qui arrive quand on menace les intérêts économiques des grands groupes internationaux et de l’armée, le gouvernement nous accuse de terrorisme." "J’ai moi-même été détenue une journée à 21 ans pour avoir milité contre l’industrie minière et ses centrales à charbon extrêmement néfastes pour les habitants des alentours", affirme-t-elle.

"La contre-attaque"

Un an plus tôt, en 2017, elle a rejoint le mouvement pour le climat après avoir rencontré un représentant d’un peuple autochtone des Philippines "harcelé, déplacé et tué", affirme-t-elle. "Il m’a dit : nous n’avons pas d’autre choix que celui de la contre-attaque", ajoute-t-elle. Depuis, Mme Tan est en première ligne de tous les combats pour la justice climatique dans son pays, et au-delà. À la COP27, entre entretiens à la presse, animation de débats et manifestations, la jeune femme trouve encore le temps d’envoyer un message aux dirigeants réunis au G20. Pour Thomas Sayers de l’Unicef, "ce sont les jeunes comme Mitzi qui donnent de l’espoir pour le futur de la planète". Fondatrice en 2019 du mouvement des jeunes pour le climat aux Philippines, elle a rejoint en 2020 le mouvement international Fridays for Future (FFF) de Greta Thunberg.

À l’époque, depuis deux ans, la Suédoise menait sa grève de l’école pour le climat, entamée à 15 ans. Depuis, des marches monstres ont réuni des centaines de milliers de jeunes, surtout dans des pays développés – États-Unis, Australie, Canada, Allemagne ou encore –, et dans une moindre mesure dans des pays en développement. Absente de la COP27 cette année, pour protester contre les restrictions aux manifestations en Égypte et le greenwashing, Greta Thunberg a dit "passer le mégaphone" aux militants venus des pays les plus menacés par le changement climatique.

"Priorité à la planète"

Au sein du FFF, Mme Tan a participé à la création du groupe des "personnes et régions les plus affectées" qui milite pour lier crise climatique et "injustices systémiques", comme ils l’ont écrit dans leur "lettre ouverte aux dirigeants internationaux". "On doit changer de paradigme, passer d’un système qui privilégie le profit à un système qui donne la priorité à la planète et à ses habitants", martèle celle qui milite pour "la sortie du système des prêts pour celui de subventions". Selon l’OCDE, en 2020 71 % des financements publics pour le climat prennent la forme de prêts.

Pour Mme Tan, "c’est demander aux victimes de donner de l’argent aux responsables des dégâts qu’ils subissent". Un discours qui séduit, jusque dans les rangs des militants des générations précédentes. "Mitzi apporte avec elle la singularité de sa génération, sa créativité et sa maîtrise du numérique, c’est ce qui lui permet d’être influente, efficace et de faire porter sa voix au-delà des Philippines", affirme sa compatriote Ana Gabriela Celestial, militante écologiste chevronnée. "Les jeunes sont de plus en plus conscients qu’ils peuvent changer le système", renchérit Mme Tan. Et ils utilisent ce pouvoir pour dire haut et fort : "nous n’acceptons pas un monde qui brûle, qui coule et qui se noie".