Vous êtes à Kinshasa. Peut-on dire, aujourd'hui, que la République démocratique du Congo est un pays fracturé en deux?

Non. Je dirais plutôt que les électeurs congolais ont voté en suivant des enjeux régionaux. A l'Est, où on a massivement voté pour le président sortant Joseph Kabila, on a voté pour la paix. Clairement, là-bas, le candidat Kabila représente la paix pour ces populations qui ont énormément souffert de la guerre. Par ailleurs, on peut voir aussi que, malgré tout, le candidat Jean-Pierre Bemba a fait quelques voix dans l'Est. En plus de la rafle qu'il a effectuée à Kinshasa et dans le reste du pays.

Quel va être le premier chantier auquel devra s'atteler le nouveau président?

Certainement, le premier chantier pour le futur président congolais sera d'asseoir sa légitimité dans la partie du pays où il a récolté le moins de voix. Peu importe qu'il y ait un second tour ou pas. Concrètement, il va s'agir de rechercher un équilibre au sein du futur gouvernement congolais. Quinze jours après la proclamation des résultats électoraux définitifs par la Commission électorale indépendante, un Parlement congolais sera mis en place. De là, émaneront des ministres et un gouvernement. Donc, l'enjeu est d'emmener dans un gouvernement le plus possible d'éléments de «l'autre camp», du camp «perdant», afin de faire faire passer la pilule. Ensuite, seulement, il s'agira de s'atteler à la reconstruction du pays et à son développement.

Comment analysez-vous la remontée effectuée par le candidat Jean-Pierre Bemba dans les dernières semaines avant les élections?

Jean-Pierre Bemba a personnifié le vote d'opposition au système «1+4 » de la transition. Surtout dans les dernières semaines, il a mené une campagne extrêmement agressive y compris sur le thème de la «congolité». Il a aussi pas mal capitalisé sur les voix de l'UDPS. A plusieurs reprises, y compris lors d'un meeting au Kasaï, il a laissé entendre que s'il était élu il pourrait prendre Etienne Tshisekedi comme Premier ministre. Ceci, bien sûr, lui a fait gagner de nombreuses voix.

© La Libre Belgique 2006