Entre 340.000 et 800.000 manifestants ont défilé dimanche à Paris contre le mariage homosexuel que veut légaliser le président socialiste français François Hollande, selon les chiffres respectifs de la police et des organisateurs.

A l'arrivée des trois cortèges sous la Tour Eiffel, la préfecture de police de Paris a avancé le chiffre de 340.000 personnes. La police attendait entre 150.000 et 300.000 personnes. Le chiffre de 800.000 manifestants a été avancé par les organisateurs, un collectif soutenu par l'Eglise catholique et l'opposition de droite. Le chiffre de 800.000 s'est affiché sur des écrans géants installés au pied de la Tour Eiffel, point de ralliement des manifestants.

En tête de cortège, M. Copé a confié à nos confrères du Monde que la mobilisation était telle que "le message adressé à Hollande est d'une puissance considérable". "François Hollande veut imposer une réforme au forceps en foulant aux pieds un débat. Le voir imposer une réforme comme celle-là envers et contre tout est dangereux", a-t-il ajouté.

De son côté, Christine Boutin s'en est prise directement - et très personnellement - à François Hollande: "Vous qui n'avez jamais choisi de vous marier, pourquoi imposer le mariage homosexuel?".

Polémique avant même le lancement du cortège

Peu avant la manifestation, Xavier Bongibault, l'organisateur de la manifestation et porte-parole du collectif et de l'association "Plus gay sans mariage" a comparé François Hollande à "un homme arrivé au pouvoir en 1933". Présente à ses côtés, Frigide Barjot, gênée, a pris ses distances et même dénoncée ces propos. Le Parti socialiste a condamné dans un communiqué, "les propos scandaleux et insupportables d'un des porte-parole de la manifestation comparant le Président de la République à Adolf Hitler", estimant que la "manifestation contre le mariage pour tous" avait "déjà donné lieu à des dérapages inacceptables". Xavier Bongibault s'est finalement excusé pour ses propos.

Entre un tube de Shakira et un de Zebda, les opposants au mariage gay de tous âges, seuls ou en famille, chantaient dimanche leur hymne propre en battant le pavé parisien: "Les papas, les mamans, dans la rue on descend, le mariage on défend". Sous une marée de drapeaux roses, vêtements de même couleur, le tout à l'effigie de la "Manif pour tous", des dizaines de milliers de manifestants venus de toute la France, soutenus par une puissante sono, ont dit "non" au mariage homosexuel, défilant en trois cortèges. Les forces de l'ordre étaient visibles aux principales intersections mais peu le long des cortèges, malgré le renforcement du plan Vigipirate annoncé samedi.

Une rangée de femmes habillées en Marianne --bonnet phrygien rouge, écharpe tricolore, code civil à la main-- ouvrait le cortège à Denfert-Rochereau (XIVe), où se trouvaient les principaux porte-parole de la "Manif pour tous".

Près de la place d'Italie, une centaine d'élus, ceints de leurs écharpes tricolores, se sont réunis derrière une banderole "Tous gardiens du code civil". Partout, les pancartes proclament "tous nés d'un homme et d'une femme" ou égrènent les revendications des manifestants: "On veut du sexe, pas du genre", "Nos ventres ne sont pas des caddies".

On lit aussi : "papa-maman et les enfants, c'est naturel", "Y'a pas d'ovule dans les testicules", "mariage gay: la loi prive l'enfant d'une mère ou d'un père". Une autre appelle au secours: "Jospin revient, ils sont devenus fous", ou encore plus décalée: "Chirac président!" Et "Mitterrand démission". Venu de Haute-Loire, Jacques Julien, 70 ans, qui dit avoir voté Hollande, brandit lui une pancarte affirmant : "Base de la famille, un homme et une femme!". "Je dis tout haut ce que pensent bien des gens de gauche", déclare-t-il.

Les ballons roses, blancs et bleus apparus lors de la première manifestation contre le projet d'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels, le 17 novembre, flottent à nouveau. Des manifestants arborent des maquillages bleu et rose.

Porte Maillot, où la circulation n'a pas été arrêtée, des cadres du Front National, dont Louis Aliot, vice-président du parti, brandissent des drapeaux français ou frappés de la fleur de lys. Le député européen du FN Bruno Gollnisch, qui défilait, a "regretté" l'absence de la présidente du parti, Marine Le Pen, tout en assurant que "le FN soutient cette manifestation".

Au passage de ce cortège, une douzaine de jeunes gens ont pris position, la bouche barrée de gros scotch, silencieux.

Les manifestants de Civitas, réunis place Pinel (XIIIe), portent eux des drapeaux illustrés du Sacré-Coeur, avec un coeur rouge surmonté d'une croix. "Non à la décadence maladive", dit une banderole.

Un groupe d'hommes jeunes aux crânes rasés, habillés de noir, rejoint des sympathisants de l'Alliance royale, parti monarchiste. Sur le camion du cortège, les organisateurs ont accroché une peinture religieuse montrant Marie et Jésus sur leur âne, guidé par un ange, aux côtés de Joseph.

Tout le monde doit converger au Champ-de-Mars où deux écrans géants ont été installés. Dans les avenues proches, au moins quatre compagnies de CRS ou d'escadrons de garde-mobiles ont pris position.

Cette organisation a un coût et les organisateurs font appel aux dons. Avenue du président Wilson, des bénévoles, en vert, tiennent des sacs ouverts: "C'est pour rembourser la manifestation, soyez généreux".