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Arrêtée par la police pour avoir tenté de rejoindre la Syrie, Léa (prénom d'emprunt), 15 ans, raconte au Nouvel Obs comment des gens l'ont convaincue, via les réseaux sociaux, de partir faire le jihad. Si aujourd'hui, elle a su sortir de ce mauvais rêve, elle se demande encore comment elle a pu en arriver là. "J'espère juste qu'ils ne viendront pas me chercher chez moi. J'ai du mal à assumer que je me suis fait avoir. Je m'en veux beaucoup pour ça. Je voulais tellement partir, on enviait toutes celles qui y arrivaient. Maintenant, certaines vont mourir là-bas, en Syrie ou en Irak, peut-être à cause de moi". 

Tout a commencé par un statut Facebook relativement anodin. Comme d'autres jeunes de son âge, Léa a partagé ses états d'âme sur le réseau social en postant un énigmatique "J'aimerais me faire pardonner de toutes mes bêtises" sur son mur. Tout a ensuite été très vite. Cette jeune fille, décrite comme une bonne élève, raconte que des gens qu'elle ne connaissait pas ont subitement demandé à être son ami sur Facebook. Après qu'elle ait accepté leur demande, ils sont venus lui parler. "Comme j'avais écrit que je voulais devenir infirmière, ils m'ont proposé de venir en Syrie, pour une mission humanitaire. Ils m'ont dit qu'il n'y avait rien de mieux pour se faire pardonner". Au fil des conversations, ils se sont montrés envahissants, n'hésitant pas à lui donner des conseils sur la manière dont elle devait se comporter en famille. "Ils m'ont dit que je ne devais pas obéir à mes parents puisqu'ils n'obéissaient pas à Allah. Selon eux, mes parents étaient des infidèles". Voilà comment, en quelques jours, Léa s'est isolée de ses proches. Sans doute émotionnellement faible, elle a commencé à croire ce que ces gens lui racontaient. "Je restais toujours dans ma chambre, volets fermés". 

Sur Facebook, elle a également changé son nom pour prendre un pseudo à consonance arabe. "Après ça, plus de cinquante personnes ont commencé à me parler, des hommes et des femmes de toutes les nationalités".

Le jour où tout a basculé

Ces gens la rassurent donc en lui expliquant qu'elle est spéciale, qu'elle a été choisie pour accomplir une mission. Très vite, elle n'a plus qu'une envie: se rendre en Syrie. "Ils m'ont expliqué qu'il fallait d'abord que j'aille en Turquie, que je me marie et que je tombe enceinte pour qu'on puisse m'emmener en Syrie avec le bébé". Bien loin d'être découragée par ces "contre-temps", elle accepte la proposition, se voit désigner un mari et obtient un rendez-vous avec des "passeurs". Vient alors le jour J, celui où elle doit quitter la France.

"J'ai fait semblant d'aller à l'école, mais j'ai glissé mon passeport dans mon sac". Si elle est finalement restée dans l'Hexagone, c'est grâce à ses parents qui ont découvert le pot aux roses en fouillant dans son ordinateur. Un juge des enfants lui interdit alors de quitter le territoire français. Mais cette interdiction ne met pas fin à ses envies de prendre le large, bien au contraire. Encouragée par les gens qui l'ont contactée sur les réseaux sociaux, elle ment à ses parents en leur promettant qu'elle ne partira pas en Syrie, qu'elle a changé. Toutefois, les "recruteurs" se rendent vite compte qu'elle ne passera jamais la frontière en étant ainsi sous le feu des projecteurs. "Il faut que tu commettes un attentat en France". Encore une fois, ils parviennent à la convaincre. "J'avais même trouvé le moyen de me procurer des armes".

La Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) qui avait mis la jeune fille sur écoute décide d'intervenir jugeant la menace sérieuse. Parallèlement, elle reçoit des dizaines de messages oppressants sur Facebook qui l'invitent à agir le plus vite possible en commettant un attentat antisémite. Tiraillée de toutes parts, elle ne sait plus du tout où elle en est. Ce n'est qu'en écoutant le récit poignant de familles dont l'enfant est parti faire le jihad qu'elle réalise son erreur. A temps.