Planté devant son église couverte de neige à Davos, le pasteur Marc Schmed observe les ouvriers qui préparent l’édifice loué à prix fort le temps du Forum économique mondial, une manne pour l’économie de la station alpine. À l’intérieur de l’église de la "Freie Evangelische Gemeinde", en plein centre de cette station de ski huppée des Alpes suisses, un plancher et des écrans fraîchement installés voisinent avec les tuyaux de l’orgue.

La société de paiement en ligne danoise Tradeshift utilise l’église pour en faire un espace baptisé "The Sanctuary" (le sanctuaire), l’un de ces lieux éphémères caractéristiques du Forum de Davos, où débattent les grands patrons et les célébrités. Le pasteur ne révèle pas quel loyer il prélève, mais lance : "On m’a dit que j’aurais pu demander plus."

Dans le centre-ville, nombre de boutiques et locaux commerciaux ont été transformés par des entreprises ou délégations nationales. D’autres comme Facebook construisent leur propre lieu éphémère. Cette année, malgré des annulations en cascade - dont celles de Trump, Macron, May - le Forum économique mondial va tout de même drainer 3 000 participants, accompagnés de délégations pléthoriques portant à 11 000 le nombre de visiteurs pendant la semaine. De quoi doubler la population de Davos.

Le Forum économique mondial, organisé par une fondation privée suisse, génère selon la municipalité un chiffre d’affaires de 44 millions d’euros pendant la semaine, dont la moitié revient aux hôtels. "C’est très, très important pour l’économie locale", tout entière tournée vers le tourisme le reste de l’année, explique Samuel Rosenast, directeur de l’office du tourisme local.

Adrien Weber, qui gère la boulangerie créée par sa famille il y a quatre générations, emploie du personnel 24 heures sur 24 le temps du Forum, pour garnir les buffets des hôtels et autres réceptions. "Les ventes doublent ou triplent" par rapport à leur niveau normal, dit-il.

Les chambres d’hôtels sont louées des mois voire des années à l’avance, avec des tarifs multipliés par 10 voire 20.

Le pasteur Schmed explique avoir décidé de louer son église il y a quatre ans, pour traverser une mauvaise passe financière : "Tout le monde n’était pas ravi de cette décision." L’argent a servi en particulier à installer un nouveau chauffage. Mais l’homme d’église n’en est pas moins conscient que le Forum de Davos attire son lot de cupidité, en permettant à certains propriétaires de toucher autant de loyer en cinq jours que pendant tout le reste de l’année. "Cela pose des questions morales, ce n’est pas bon."

Quant aux paroissiens du pasteur Schmed, ils sont accueillis temporairement par d’autres églises, avec lesquelles il a passé des accords. Durant la semaine, "nous nous réunissons tous les soirs pour prier pour le Forum économique et pour les décisions qui y sont prises."