La majorité des 123.000 Palestiniens de Jérusalem-est en âge de voter affirment craindre de subir les foudres des autorités israéliennes s’ils sont vus dans l’un des six bureaux de vote qui ouvriront mercredi à l’occasion des législatives.

«Nous ne voulons pas être filmés en train de voter et ainsi risquer de perdre ensuite nos droits, comme la sécurité sociale ou les pensions qui nous reviennent du fait que nous vivons ici », affirme Salah Mitwahli, commercante à Jerusalem-est.

Au pied des murailles de la Vieille ville de Jérusalem, rue Salahedine, devant la porte du principal bureau de vote de Jérusalem-est, occupée et annexée en 1967, personne ne pourrait imaginer que des élections vont s’y dérouler dans quelques heures.

Israël a restreint la campagne électorale et l’usage de la publicité dans cette partie de la ville et les Palestiniens, par crainte de tracasseries administratives israéliennes, préfèrent afficher un intérêt limité pour ces élections.

«Nous avons une carte d’identité de résident de Jérusalem. Pour nous, Palestiniens, cela signifie la liberté d’aller et de venir. Nous sommes quasiment comme les citoyens israéliens et je ne vais pas prendre le risque de perdre tout ça pour voter pour des dirigeants qui ne s’intéressent pas à nous », affirme Samah, une mère de famille de 27 ans.

Israël a autorisé les Palestiniens à voter dans six bureaux de vote de Jérusalem-est, un nombre d’urnes suffisant pour accepter les bulletins de seulement 6.300 électeurs.

Les autres devront déposer leurs bulletins dans d’autres centres électoraux des faubourgs de la ville et pour ça, ils devront franchir non seulement des barrages israéliens mais aussi le mur, la «barrière de sécurité » controversée dressée par Israël.

«Les Palestiniens de Jérusalem ne se font pas d’illusions sur ce vote. Ils croient que ces dix dernières années, l’Autorité palestinienne n’a rien fait pour eux et s’est seulement préoccupée de la Cisjordanie », se plaint Bernard Sabella, candidat du Fatah à Jérusalem-est.

L’année dernière, lors des éléctions présidentielles, seulement 6.000 Palestiniens de Jérusalem-est avaient participé au scrutin dans la ville et sa banlieue.

«Je déposerai mon bulletin dans une urne, mais pas dans ce bureau de vote. J’ai de la famille en prison et je n’aimerais pas que la police m’attende devant la porte pour m’arrêter. En plus, je vais voter pour le Hamas et je préfère le faire dans un lieu plus sûr », affirme un jeune Palestinien qui ne veut pas dire son nom et montre discrètement le commissariat de police israélien proche.

Pour la Comission électorale centrale, les conditions de vote des Palestiniens de Jérusalem ne respectent pas les principes de base d’une «élection libre, juste et transparente ».

«Dans cette ville, il n’y a pas les conditions indispensables de liberté pour un processus électoral », estime un observateur européen, Pere Vilanova.

Selon ce professeur d’université, spécialisé dans le Proche-Orient, en permettant de voter dans des bureaux de poste de Jérusalem-est, les autorités israéliennes tentent de contenter tout le monde : les Palestiniens qui peuvent concrétiser leur droit de vote par correspondance, les Israéliens qui ne sentent pas que leur souverainteté sur la ville est menacée.

Jérusalem, que les deux parties revendiquent comme leur capitale, n’a qu’une importance symbolique pour le scrutin de mercredi puisque la ville représente seulement six des 132 sièges à pourvoir au Parlement palestinien.

«Il y a dix ans, nous avons voté avec les mêmes restrictions et dans les mêmes urnes installées dans des postes. Depuis, Yasser Arafat n’a rien fait pour nous et (l’actuel président) Mahmoud Abbas non plus. Rien n’a changé et dans de telles conditions, demain, je n’irai pas voter », dit un vieil homme, Amar Hussein.