C’est quelle loi, ça ? On a tué un criminel devant moi, j’ai froid au corps ! Pauvre homme." Entre horreur et satisfaction ("il était temps, franchement !"), les réseaux sociaux kinois se faisaient l’écho, jeudi, de la chasse au "kuluna" (voyou, bandit armé) à laquelle se livre la police de Kinshasa depuis quelques jours.

Le 23 octobre dernier, le président Kabila avait appelé, devant le Congrès, à l’utilisation de "toutes les voies de droit" contre le banditisme armé. Le 15 novembre, le chef de la police à Kinshasa, le général Jean de Dieu Okelo, avertissait sur Radio Top Congo : "Nous avons reçu des ordres formels pour que la donne change. C’est pourquoi nous prévenons nos enfants - ces bandits appelés kuluna - qu’ils cessent avec cette pratique. Car de la même manière qu’on en a terminé avec les rebelles M23 (NdlR : au Kivu, à l’est du Congo) , de la même manière on mettra fin à ce phénomène."

Mardi, Radio Okapi rapportait la mort par balles de trois "kulunas" la nuit précédente, à Bumbu, Selembao et Ngiri-Ngiri - quartiers populaires de Kinshasa -, morts que la population attribue à la police. Le chef du quartier de Ubangi, à Bumbu, lui, parle d’" assassinat d’un bandit par des bandes non identifiées", qui sont allées chercher un jeune homme chez ses parents, "l’ont sorti et l’ont abattu".

Abattu ligoté

Mercredi, le journal "L’Observateur" se réjouissait du "début musclé de l’opération de traque des kulunas ". Une source évoquait l’exécution publique par des policiers, sur un tas d’ordures à Masina, quartier populaire, d’un jeune homme ligoté.

Jeudi, les réseaux sociaux commentaient la traque. Certains internautes pour s’en réjouir, d’autres pour signaler le meurtre d’un kuluna "dans mon quartier ce matin", à Montngafula; ou pour signaler la traque "au rond-point Ngaba ; une dizaine déjà tués" à Bandalungwa et Montngafula. L’un commentait : "C’est sérieux. Ils sont tués sans pitié. Courses poursuites… C’est chaud !"

Deux sources européennes en ont entendu parler par des Congolais vivant dans des quartiers populaires. "Mais on n’a pas d’informations globales ou officielles", souligne l’une d’elles.

Me Jean-Joseph Mukendi, avocat près la Cour Suprême, met en garde contre "la rumeur qui grossit les faits". "Il y a trois cas vérifiés à Ngaliema, dans les quartiers Mbinza-Ozone, Selembao et Camp Luka". Selon l’ex-bâtonnier, "on pense que la police a décidé d’intimider les kulunas alors qu’approche la fin de l’année, période où ils sont nombreux à opérer" pour accroître leurs gains en prévision des fêtes.