La guerre de Mossoul se poursuivra encore de longues semaines. Certains habitants ont refusé l'exil malgré la fureur de la guerre. Les djihadistes ont complètement détruit le musée de Mossoul. 

Lunettes Aviator et sourire bienveillant, le général d’état-major Bahaa al-Azzawi, bientôt sexagénaire, orchestre les opérations depuis un magasin désaffecté. Face à lui : la rivière Tigre, qui découpe Mossoul du nord au sud. Derrière lui : les snipers du groupe Etat islamique. "On avance sous le feu de l’ennemi. Mais on leur donne aussi une bonne leçon. On est en train de…" Il est interrompu par un fracas assourdissant. "Ça, c’est notre Abrams", précise le commandant.

Depuis l’avenue commerçante qui borde la rivière, le char d’assaut couleur crème, épaulé par un blindé surmonté d’une mitrailleuse lourde, pilonne sans relâche les djihadistes qui se tiennent près de la station de bus. C’est un passage obligé vers la vieille ville de Mossoul, où Abou Bakr al-Baghdadi avait proclamé il y a près de trois ans un "califat" à cheval sur l’Irak et la Syrie. Au staccato du char et du blindé bleu nuit, répondent mécaniquement les snipers de l’EI, leurs balles ricochant dans un carillon strident.

"Ils visent bien, mais ils sont stupides. Tout le monde sait que ça ne sert à rien de tirer avec des balles sur du blindage", se moque un soldat d’élite. Quelques minutes plus tard, un sifflement soulève une volute de poussière sous le blindé azur. Le pneu a été touché, forçant le véhicule à battre en retraite. Privé de son appui, le char fait demi-tour aussi.

"Courez !"

Dans l’hôtel abandonné qui surplombe le Tigre, les snipers irakiens ont pris position dans les chambres. Une barquette de riz agrémentée d’un bouillon de viande a remplacé entre leurs mains leurs fusils à lunette. A l’étage inférieur, face au bar, des fauteuils poussiéreux dans lesquels on peine à croire que des touristes se sont un jour prélassés. Le premier tir n’est pratiquement qu’une bourrasque étouffée. Le deuxième, plus proche, fait trembler les lustres et les miroirs. Le troisième finit par toucher sa cible. Le craquement est assourdissant. "Courez", ordonne un hurlement. Immédiatement, une épaisse poussière blanche envahit le salon, la cage d’escalier et les poumons.

L’EI a toutes les armes qu’il veut

Dehors, les soldats ne sont que des silhouettes que le soleil dessine sur la brume opaque. Un soldat est allongé par terre, les bras et les jambes écartés. Un obus de mortier ? Une rocket ? Personne ne semble certain. "C’est l’Etat islamique, ils ont toutes les armes qu’ils veulent", prévient un officier. Lorsque la poussière s’efface enfin, elle révèle un trou béant sur le flanc sud de l’hôtel d’où jaillissent des flammes et une fumée cendrée. Dans le ciel, l’incident n’a en rien interrompu le vrombissement des hélicoptères et la mélopée de l’artillerie. "On utilise plus d’armes lourdes qu’à l’est parce que la bataille est bien plus difficile ici", admet le général d’Etat-major Bahaa al-Azzawi. Il en est persuadé : il leur faudra au moins quatre semaines pour reprendre toute la vieille ville, qui ne représente qu’un seul des dizaines de quartiers encore sous le contrôle des djihadistes.

Un immeuble piégé par l’EI

L’armée irakienne a annoncé que 61 corps avaient été retirés des décombres d’un immeuble effondré qui aurait été piégé par les combattants du groupe Etat islamique (EI) dans la partie ouest de la ville de Mossoul.

Aucun élément ne semble attester que le bâtiment a été touché par un raid aérien de la coalition sous commandement américain comme l’hypothèse a été avancée dans un premier temps, associant cette frappe à la présence d’un camion piégé à proximité.