La banlieue «rouge» de Paris se prépare à vivre une semaine folle. Un an après Florence, l'île de France va accueillir entre 40000 et 60000 personnes pour un Forum social européen organisé dans quatre lieux: Saint- Denis, Bobigny, Ivry-sur-Seine et Paris.

Quelque 1500 associations sont annoncées pour de nombreux échanges tendant à prouver qu' «un autre monde est possible», pour reprendre le slogan issu de Porto Alegre, berceau de l'altermondialisme.

Cinquante-cinq séances plénières, 250 conférences et autant d'ateliers sans compter les événements culturels... Le bouillonnement s'annonce intense avec, en guise de clôture, une manifestation samedi. Mot d'ordre principal: «Pour une Europe des droits sociaux dans un monde sans guerre».

Le premier Forum social européen avait été marqué par la mobilisation contre la guerre en Irak, le rassemblement final mobilisant près d'un million de personnes. Cette fois, ce sommet «alter» s'inscrit dans la dynamique institutionnelle en cours au sein de l'Union européenne (UE). Le projet de constitution, rédigé par une Convention inédite, est actuellement en cours de négociation au sein de la Conférence intergouvernementale. Mais ce texte, dénonce notamment Attac, a un caractère «outrageusement libéral». Et il ne propose «aucune avancée en matière d'Europe sociale, parent pauvre de l'Union». D'où la nécessité de faire des contre-propositions.

Un référendum

Une Union européenne «idéale» sera donc dessinée au long de ces quatre journées: plus solidaire, plus ouverte sur le monde, plus démocratique, plus accueillante.

Les considérations nationales ne seront pas absentes. Au coeur d'une France socialement échauffée, qui a basculé à droite, le mouvement altermondialiste va se positionner en réclamant, notamment, un référendum pour la future constitution.

Plus largement, cette vaste nébuleuse allant du Larzac paysan de José Bové aux mouvements des droits de l'homme en passant par le tissu associatif suscite, en France, un intérêt de plus en plus assidu de la part des partis. Tous ont consacré une réflexion à la mondialisation la semaine passée. «Je suis ravie de cet intérêt, a déclaré Susan George, vice-présidente d'Attac et figure historique du mouvement. Parce que le message compte, non les intérêts particuliers», dit-elle. Pierre Khalfa, l'un des organisateurs, ironise davantage en parlant de la «révérence obligée» du monde politique. Le contexte français pèsera lourd sur ce Forum dans la perspective d'élections régionales délicates: alliance à l'extrême gauche entre Lutte ouvrière et Ligue communiste révolutionnaire, dissidence de Bayrou au sein de la majorité présidentielle, inquiétude à l'égard du Front national...

Le mouvement est fracturé

Devenu une machine capable de mobiliser les foules, le mouvement altermondialiste est lui aussi à la croisée des chemins.

La fracture s'est creusé ces derniers mois entre réformateurs et révolutionnaires. Une partie des leaders est accusée de dogmatisme. La démocratie interne n'est pas toujours choyée. Et un incident a défrayé la chronique, les semaines passées, suite à la publication d'un texte -jugé antisémite- de l'islamologue Tariq Ramadan. Le positionnement du mouvement en faveur de l'Etat palestinien est connu. Parfois, il manque de nuances. Le Proche-Orient et l'Irak seront d'autres noeuds de fixation d'une mouvance volontiers anti-américaine.

Enfin, le Forum social européen est aussi un lieu de rencontres et d'échanges pour tous les militantismes issus de Porto Alegre et de Seattle. Les Belges seront nombreux à faire le court déplacement en bus ou en TGV. D'Oxfam à la Ligue des droits de l'homme en passant par Attac ou les syndicats, leur voix se fera entendre au coeur de Paris qui retrouvera, soudain, des accents de mai 68.

© La Libre Belgique 2003