Ont-ils tenté un dernier coup de gueule pour se faire entendre avant que le couperet ne tombe vendredi? Alors que les membres de la Convention sur l'avenir de l'Europe sont censés adopter une constitution aujourd'hui, les représentants de seize pays, dont les dix adhérents qui n'ont pourtant encore jamais vécu le fonctionnement interne de l'Union, ont contesté jeudi l'existence d'un consensus sur la réforme des institutions européennes. Seize personnes sur cent cinq conventionnels: pas de quoi bloquer un accord, a fortiori si les représentants des pays candidats ne peuvent de toute façon pas empêcher le consensus qui se dégagerait entre les Etats membres.

Pendant que les récalcitrants s'agitaient dans les couloirs du bien nommé Caprice des Dieux, à Bruxelles, le présidium de la Convention retouchait le projet de constitution européenne: un mot par-ci, une phrase par-là, pour tenter de rallier à ce texte une grande majorité de conventionnels. Résultats: le préambule de la constitution fait désormais référence aux «valeurs» des «héritages culturels, religieux et humanistes de l'Europe» ; un article précise que le Conseil européen n'exerce pas de fonction législative, un autre que le nouveau système de majorité qualifiée ne prendra effet qu'après les élections européennes de 2009. Mais l'ajout le plus symbolique pour les citoyens n'est autre que la création, demandée par les parlementaires européens et nationaux, d'un droit d'initiative populaire (lire LLB du 11/6).

Lorsque la séance plénière de la Convention a repris en soirée jeudi, et que Valéry Giscard d'Estaing a cité les modifications apportées, la tension était retombée d'un cran. «Chacun peut trouver des choses qui ne lui plaisent pas dans cet immense texte», a déclaré le commissaire européen Michel Barnier, rappelant que tous ont dû avaler une pilule. «Mais il y a quelque chose de plus important: savoir si nous voulons que cette Convention soit un événement historique», a insisté le représentant britannique, Peter Hain. «Le présidium a trouvé des solutions que nous pouvons accepter», a-t-il assuré. Alors «voulons-nous aller de l'avant ou nous diviser?» Le chef de la diplomatie allemande, Joschka Fischer, lui a répondu préalablement, en pensant que «demain, nous pourrons conclure», avec «un bon accord» malgré tout.

Un ballon

Cette atmosphère plutôt positive n'a pas empêché les uns et les autres de faire part de leurs critiques. Certains pour regretter que le droit de veto soit encore trop présent, notamment en matière de politique étrangère: «Nous construisons une Europe paralytique», a asséné l'Espagnol Josep Borrell. D'autres pour déplorer l'ajout d'une explication à leurs yeux superflue dans la Charte des droits fondamentaux: «Nous n'en avons pas discuté et nous ne pouvons l'accepter», a dit le Néerlandais René van der Linden.

Mais, comme l'avait rappelé l'eurodéputé allemand Klaus Hänsch dans la journée, la tâche du présidium était «loin d'être simple» dans cette dernière ligne droite. «Nous avons un projet de constitution sous forme de ballon. S'il n'est pas assez gonflé, il tombe, s'il est trop gonflé, il éclate.» «La marge de manoeuvre est limitée, car les équilibres globaux du traité constitutionnel doivent être maintenus», avait également prévenu Jean-Luc Dehaene. «On est arrivé à la limite du compromis le plus large.» Et, dixit Klaus Hänsch, «ce que nous avons déjà sur le papier dépasse de loin le résultat des réformes précédentes».

© La Libre Belgique 2003