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CORRESPONDANT EN ALLEMAGNE

Au prix d'un grand effort politique, le gouvernement rouge-vert et l'opposition CDU-CSU viennent de s'entendre sur une réforme générale du système de santé en Allemagne qui demandera de gros sacrifices aux cotisants de l'assurance maladie.

Les instances dirigeantes des grands partis ont approuvé le compromis obtenu dans la nuit de dimanche à lundi par les deux négociateurs, la ministre social-démocrate de la Santé Ulla Schmidt et l'ex-ministre CSU de la Santé Horst Seehofer. Dimanche soir, les pourparlers avaient encore menacé de capoter.

La liste des sacrifices est longue. Dorénavant l'assurance maladie ne couvrira plus les soins dentaires; les assurés devront contracter une assurance annexe. Ceux qui consultent un médecin devront payer 10 euros par trimestre (actuellement les consultations sont gratuites).

Le séjour à l'hôpital coûtera 10 euros par jour, au maximum 280 euros. A partir de 2007, la caisse de maladie ne payera plus d'indemnité de congé maladie: ici aussi les assurés devront s'assurer eux-mêmes. L'assuré devra payer 10 pc du prix du médicament, au maximum 10 euros par médicament.

Cet ensemble de mesures permettra aux caisses d'économiser 10 milliards d'euros en 2004, le volume grimpant à 20 milliards en 2007. L'intention politique est de réduire les coûts salariaux annexes trop élevés en Allemagne. Avec la réforme, la cotisation devrait descendre de 14,4 pc du revenu brut (l'employeur payant la moitié) à 13 pc à terme.

Le ministre-président bavarois Edmund Stoiber, qui doit se présenter à des élections régionales en septembre, craint évidemment que le résultat de la négociation ne déplaise à la masse des cotisants. Aussi a-t-il été le premier à souligner que la réforme fait descendre le niveau des cotisations de santé et n'exige pas trop des petits revenus.

Un véritable compromis

Le compromis est politiquement important. Normalement, le gouvernement aurait dû présenter un texte de loi qui aurait été rejeté par le Bundesrat, chambre des Länder dominée par la CDU, et ensuite la commission de conciliation des deux chambres aurait été obligée de forger un compromis. Tel est par exemple le procédé qui prévaudra pour l'avancement de la réforme fiscale où les deux camps ont des positions antagonistes.

Or, dans le cas de la réforme de la santé les deux grands camps politiques ont préféré trouver un compromis raisonnable en amont du chemin parlementaire. Tel avait déjà été le cas il y a 10 ans à l'époque Kohl. Avant le début des pourparlers, le chancelier Schroeder avait rencontré Angela Merkel, présidente de la CDU, pour préparer le terrain. Beaucoup de commentateurs estiment qu'une grande coalition tacite droite-gauche gouverne le pays. Cela facilite le travail du chancelier, c'est certain, mais en même temps l'opinion publique apprécie que l'opposition CDU-CSU ne fasse pas d'obstruction.

© La Libre Belgique 2003