Les chefs et membres des différents gouvernements ont réagi à l'affaire Kashoggi... mais pas tous de la même façon.

Si Emmanuel Macron a mis du temps à répondre à la question de possibles sanctions à l'égard de l'Arabie saoudite, le gouvernement français a déclaré ce mercredi que la France prendrait des sanctions "si la responsabilité de l'Arabie saoudite est avérée".

"Tant que que cela ne sera pas parfaitement établi et tant que ces faits ne seront pas corroborés par nos services de renseignement, nous retiendrons nos décisions". En revanche, "dans l'hypothèse où la responsabilité de l'Arabie saoudite est avérée, alors nous en tirerons les conséquences et nous prendrons des sanctions", a déclaré Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement français, à l'issue du Conseil des ministres.


Les journalistes lui demandaient si la France comptait suspendre ses ventes d'armes à Ryad, comme l'a demandé lundi à tous les Européens le ministre allemand de l'Economie Peter Altmaier, tant que l'Arabie Saoudite n'aura pas fait toute la lumière sur le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.

"Ce n'est pas parce qu'un dirigeant dit quelque chose que je suis censé réagir à chaque fois. Et donc je ne vous répondrai pas", a répété le président à une seconde question sur le sujet.

Egalement questionnée par la presse, Mme Parly a quant à elle répondu que "la première des priorités est que l'enquête soit menée et que cette enquête soit crédible".

Le président américain Donald Trump avait déclaré samedi que suspendre les ventes d'armes "ferait beaucoup plus de mal" à l'économie américaine qu'à l'Arabie saoudite.

Dimanche, la chancelière allemande Angela Merkel a prévenu que Berlin n'autoriserait pas en l'état d'exportations d'armes vers l'Arabie saoudite. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a lui affirmé ne pas exclure que le Canada puisse annuler un important contrat de vente d'armes à Ryad.

En Belgique, le ministre-président wallon Willy Borsus a indiqué lundi qu'il privilégiait la concertation au niveau européen avant de se positionner.

Erdogan veut punir les "commanditaires" du "meurtre sauvage" de Khashoggi

"Du plus haut niveau au plus bas" : le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé mardi à punir toutes les personnes impliquées dans le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, qu'il a qualifié de "sauvage" et de soigneusement "planifié".

Alors que la pression internationale sur Ryad ne cesse de s'accroître trois semaines après le meurtre, le vice-président américain Mike Pence a affirmé mardi que son pays exigerait des "réponses" de l'Arabie saoudite.

Si plusieurs questions restent toujours sans réponse, M. Erdogan a fait le point mardi sur l'enquête, décrivant un "meurtre sauvage" qui a été "planifié" pendant plusieurs jours et mis à exécution par une équipe de "15 agents".

Agé de 59 ans, Jamal Khashoggi, un éditorialiste respecté qui collaborait au Washington Post, a été tué le 2 octobre dans le consulat de son pays à Istanbul, où il s'était rendu pour obtenir des documents administratifs en vue de son prochain mariage.

Sans impliquer nommément le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit "MBS" et régulièrement critiqué par Khashoggi, M. Erdogan a souligné l'importance de punir "toutes les personnes impliquées, des exécutants aux commanditaires" de ce meurtre.

Il faut "mettre au jour les responsabilités de chacun dans cette affaire, du plus haut niveau au plus bas"", a insisté le chef de l'Etat turc, qui a proposé de juger à Istanbul les 18 suspects arrêtés par Ryad.

Après avoir nié la mort du journaliste, le gouvernement saoudien a avancé plusieurs versions contradictoires, évoquant notamment une "rixe" ayant mal tourné. Ryad soutient désormais que le journaliste a été tué au cours d'une opération "non autorisée".

Sous pression, "MBS", ainsi que le roi Salmane, ont rencontré mardi deux membres de la famille de Khashoggi, dont l'un de ses fils, Salah.

"Pas sans réponse"

Mais cette présentation des événements a été accueillie avec scepticisme à travers le monde.

"Le monde entier nous regarde. Les Américains veulent des réponses et nous allons exiger que ces réponses interviennent rapidement", a lancé M. Pence lors d'une rencontre organisée par le Washington Post.

"Ce meurtre brutal d'un journaliste, d'un homme innocent, d'un dissident, ne sera pas laissé sans une réponse américaine, et je l'espère, sans une réponse internationale", a poursuivi le vice-président de Donald Trump, qui a beaucoup misé sur "MBS".

La directrice de la CIA, Gina Haspel, s'est rendue en Turquie mardi.

Dans son discours qui a capté l'attention à travers le monde mardi, M. Erdogan s'est efforcé de donner des détails sur les préparatifs des tueurs, afin d'accréditer la thèse d'une opération soigneusement préparée.

Il a ainsi dit que les agents saoudiens avaient effectué des repérages dans une forêt près d'Istanbul et dans une ville du nord-ouest de la Turquie avant le meurtre, suggérant qu'ils cherchaient un lieu où cacher le corps.

En outre, le circuit de vidéosurveillance du consulat avait été "désactivé" le matin du meurtre, a poursuivi le président turc, confirmant des informations publiées ces derniers jours par les médias turcs.

M. Erdogan n'a toutefois pas précisé sur quels éléments il basait ses affirmations, ne mentionnant à aucun moment d'éventuels enregistrements audio ou vidéo dont la presse turque et certains responsables turcs font état depuis le début de l'enquête.

Après avoir fait un bref point sur les investigations, M. Erdogan a énuméré plusieurs questions qui restent sans réponse.

"Pourquoi le corps est-il toujours introuvable ?", a notamment demandé le président turc, qui a par ailleurs promis lors d'un entretien téléphonique avec des proches de Khashoggi de "tout faire" pour "élucider ce meurtre".

Erdogan ménage le roi Salmane

M. Erdogan, dont le pays entretient des relations complexes avec l'Arabie saoudite, un rival diplomatique mais aussi un important partenaire économique, a paru soucieux d'épargner le roi Salmane, se disant "confiant" dans le fait que ce dernier coopérerait avec la Turquie dans l'enquête.

Après le discours de M. Erdogan, le gouvernement saoudien a affirmé que toutes les personnes impliquées dans ce meurtre rendraient des comptes, "peu importe qui elles sont", selon une déclaration publiée par l'agence officielle SPA.

Des analystes soulignent que M. Erdogan s'est efforcé de ne pas entrer en confrontation directe avec Ryad.

Pour Soner Cagaptay, chercheur au Washington Institute of Near East Policy, M. Erdogan "ne veut pas d'une rupture avec le roi saoudien" et entend "donner une chance supplémentaire aux efforts" de médiation de Washington.

L'intervention de M. Erdogan a eu lieu quelques heures après l'ouverture à Ryad d'un forum international sur l'investissement, marqué par des désistements en cascade de dirigeants étrangers et chefs d'entreprises, dans la tourmente de l'affaire Khashoggi.

A la veille de ce forum, le prince ben Salmane a reçu à Ryad le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, en tournée dans la région mais qui a renoncé à participer à la conférence après le meurtre.

Ryad a fini par avouer samedi que Jamal Khashoggi était bel et bien mort au consulat, affirmant qu'il était décédé lors d'une "rixe". Il s'agissait d'une "opération non autorisée" par le pouvoir et dont le prince héritier ben Salmane n'était pas informé.

La réponse de Didier Reynders aux propos de Recep Tayyip Erdogan

"Nous avons une position commune en Europe, nous voulons une enquête menée à son terme de manière crédible et indépendante", a rappelé mardi le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders en réaction aux propos tenus le matin même par le président turc.

Recep Tayyip Erdogan a indiqué que la mort du journaliste saoudien Jamal Kashoggi, qui a disparu du consulat d'Istanbul, avait été planifiée. "Tout d'abord, cette déclaration nous conforte dans les difficultés que nous rencontrons avec la Turquie", a indiqué Didier Reynders depuis Lisbonne, où il accompagne le couple royal en visite d'état au Portugal. "C'est le président qui parle lui-même des évolutions d'une enquête en cours. Sur ce dossier, nous avons une position commune en Europe, nous voulons une enquête menée à son terme de manière crédible et indépendante. Je n'ai pas entendu de réactions différentes de la part de collègues européens."

"Ensuite, par rapport à l'Arabie saoudite, nous devons poursuivre un dialogue ouvert, même si nous ne sommes pas d'accord. Il n'est pas question de rompre purement et simplement les relations. En quoi cela améliorerait le sort des gens? ", s'est-il interrogé. "Je trouve qu'avoir nommé une femme au poste d'ambassadeur à Ryad constitue un geste bien plus fort."

À propos des livraisons d'armes au royaume saoudien, Didier Reynders a rappelé que les Régions étaient compétentes et avaient la possibilité de les suspendre. "Chacun évoque un embargo européen mais quand la question à été mise sur la table à propos de la guerre au Yémen, il y a eu un non généralisé. Je crois toutefois que nous serons plus forts si nous discutons de cela au niveau européen. L'Allemagne plaide déjà pour une suspension temporaire." Le cabinet de Willy Borsus a de son côté précisé que le ministre-président wallon maintenait sa volonté de privilégier la concertation au niveau européen avant de décider de suspendre toute exportation d'armes vers l'Arabie saoudite. Cette option reste toutefois envisagée. Le royaume ultraconservateur est l'un des principaux clients de la FN Herstal.

Washington "va exiger des réponses" après les affirmations d'Erdogan

Les Etats-Unis exigeront des réponses de l'Arabie saoudite après les affirmations du chef de l'Etat turc Recep Tayyip Erdogan sur le caractère prémédité du meurtre "brutal" du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, a déclaré mardi le vice-président américain Mike Pence. "Le monde entier nous regarde. Les Américains veulent des réponses et nous allons exiger que ces réponses interviennent rapidement", a averti M. Pence, lors d'une rencontre organisée par le Washington Post, où collaborait régulièrement M. Khashoggi.

"Ce meurtre brutal d'un journaliste, d'un homme innocent, d'un dissident, ne sera pas laissé sans une réponse américaine, et je l'espère, sans une réponse internationale", a poursuivi Mike Pence.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan avait déclaré un peu plus tôt que le "meurtre sauvage" du journaliste saoudien Jamal Khashoggi avait été soigneusement planifié, appelant à punir toutes les personnes impliquées, y compris les "commanditaires".

Recep Tayyip Erdogan a promis à des proches de M. Khashoggi de "tout faire" pour "élucider" ce meurtre, qu'il a qualifié d'"assassinat politique", dans le consulat saoudien à Istanbul, a indiqué une source présidentielle turque.

Mike Pence, dont l'administration critique régulièrement les médias, a dénoncé un meurtre qualifié d'"assaut sur une presse libre et indépendante".

La veille, le président américain Donald Trump avait déjà fait part de son mécontentement face aux explications de Ryad.

"Je ne suis pas satisfait de ce que j'ai entendu", a déclaré M. Trump depuis les jardins de la Maison Blanche, précisant qu'il avait parlé au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

"Nous allons exiger que les responsables soient tenus de rendre des comptes et une fois que nous aurons tous les faits, le président Trump prendra une décision se fondant sur les valeurs du peuple américain et sur nos intérêts nationaux fondamentaux", a dit son vice-président mardi.

Au Canada, Justin Trudeau trouve compliqué l'annulation de la vente d'armes à l'Arabie Saoudite

Il est "extrêmement difficile" d'annuler un important contrat de vente d'armes canadiennes à l'Arabie saoudite, a estimé mardi le Premier ministre Justin Trudeau, interrogé sur les mesures à prendre contre Ryad après le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi. "Le contrat signé par le précédent gouvernement (conservateur, NDLR) rend extrêmement difficile son annulation sans devoir payer des pénalités exorbitantes", a déclaré le dirigeant libéral lors d'une conférence de presse.

"Nous étudions nos options", a-t-il déclaré, pressé d'indiquer si le Canada allait emboîter le pas à l'Allemagne qui a suspendu ses ventes d'armes à Ryad et exhorté les Européens à faire de même tant que l'Arabie saoudite n'aura pas fait toute la lumière sur le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

"Nous déplorons le meurtre de Jamal Khashoggi. (...) Nous avons de grosses questions pour l'Arabie saoudite sur ce qui s'est passé", a remarqué M. Trudeau.

Il a rappelé que la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland avait souligné samedi que les explications saoudiennes sur les circonstances de la mort du journaliste n'étaient "pas crédibles" et qu'Ottawa a réclamé une enquête approfondie.

"Chrystia Freeland est en train de travailler avec nos partenaires autour du monde pour avoir plus de réponse et agir de façon concertée ensemble. C'est préoccupant de voir le meurtre d'un journaliste comme ça", a dit M. Trudeau.

Les pénalités financières dépasseraient le milliard de dollars canadiens pour annuler ce contrat de 15 milliards de dollars (9,9 milliards d'euros), pour la vente à Ryad de véhicules blindés légers, a indiqué le Premier ministre canadien sur la radio publique CBC.

Cette commande, conclue en 2014, portait à l'origine sur 928 véhicules blindés légers, mais a été réduite à 742 en début d'année. Il s'agit de la plus importante vente d'armes canadiennes de l'histoire.

Ottawa avait exprimé l'an dernier des inquiétudes sur l'éventuelle utilisation de ces blindés légers dans des opérations de répression dans l'est de l'Arabie saoudite et au Yémen.