L'Allemagne a manifesté jeudi son "intérêt" à voir la Belgique rester présente militairement en Afghanistan à ses côtés, dans le nord du pays, au sein de la future mission de l'Otan qui doit, à partir de 2015, succéder à l'actuelle opération de combat menée par l'Alliance atlantique.

Ce souhait a été exprimé par le ministre allemand de la Défense, Thomas de Maizière, lors d'un entretien jeudi après-midi à Berlin avec son homologue belge, Pieter De Crem, a indiqué l'entourage du ministre à quelques journalistes.

L'Allemagne, qui commande les troupes de la force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf, dirigée par l'Otan) dans la zone nord de l'Afghanistan - provenant d'une quinzaine de pays, notamment scandinaves -, a annoncé la semaine dernière son intention de maintenir de 600 à 800 soldats en Afghanistan pour la période 2015 à 2017, après l'expiration du mandat de l'actuelle mission de combat alliée, en décembre 2014.

M. De Maizière a dit compter le maintien dans la région du Commandement Nord (RC North), toujours sous commandement allemand, de quelque 1.200 hommes - sans doute d'un nombre moindre de nationalités.

Selon des estimations concordantes, cette future mission de "formation, de conseil et d'aide" aux forces de sécurité nationales afghanes (ANSF, armée et police) devrait compter au total de 8.000 à 12.000 hommes. Mais les Etats-Unis, engagés dans de délicates négociations avec le gouvernement du président Hamid Karzaï, n'ont pas encore annoncé l'ampleur de leur effort.

M. de Maizière a exprimé jeudi l'"espoir" d'une contribution belge à cette nouvelle mission, déjà baptisée "Resolute Support" et dont le "concept d'opération" (ConOps) doit être approuvé en juin, selon l'entourage de M. De Crem.

Le ministre allemand a rappelé à son homologue belge les conditions fixées par Berlin: une invitation du gouvernement à l'ensemble des pays de l'Otan, la conclusion d'un accord sur le statut des forces (en jargon militaire, un "Status of forces agreement", Sofa) entre Kaboul et l'Alliance ainsi qu'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU légitimant cette présence militaire étrangère.

Le gouvernement Di Rupo n'a pour sa part encore pris aucune décision sur le maintien d'une présence militaire en Afghanistan post-2014 et semble prêt à transmettre le dossier à son successeur qui sortira des élections de juin 2014.

Le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, a toutefois assuré mardi, en marge d'une réunion ministérielle à l'Otan, que la Belgique "restera active" en Afghanistan au-delà de la fin de l'Isaf, évoquant des activités de "formation" et d'"aide au développement".

Selon un collaborateur de M. De Crem, la question du retrait - idéalement coordonné - des troupes belges et allemandes actuellement déployées dans le nord de l'Afghanistan n'a pas été abordée jeudi lors de l'entretien entre les deux ministres.

La Bundeswehr s'apprête en effet à abandonner à l'automne, après dix ans de présence, son camp de Kunduz (nord), qui abrite aussi des détachements d'autres pays, dont les Pays-Bas, la Hongrie et la Belgique.

Quelque 125 Belges sont stationnés à Kunduz, répartis en deux équipes d'environ 90 instructeurs encadrant un "kandak" (bataillon afghan) et un état-major de brigade sous le vocable de "Military Advisory Team" (MAT), alors qu'une trentaine d'autres sont intégrés au sein d'une Equipe provinciale de Reconstruction (PRT) dirigée par l'Allemagne. Leur sécurité dépend largement des troupes allemandes. Une partie d'entre eux devrait rentrer en Belgique d'ici la mi-mai, selon des sources militaires.