Le gouvernement éthiopien a confirmé lundi que des officiers de police et des soldats ont été impliqués dans des viols commis en novembre dernier dans le cadre du conflit dans la région du Tigré (nord de l’Éthopie, à la frontière avec l’Érythrée). Une enquête a recensé 116 témoignages de viols qui ont eu lieu durant l’offensive militaire pour capturer la ville d’Axoum en novembre dernier, a confirmé le procureur général dans une déclaration. L’enquête a identifié des agents de la police fédérale et des soldats parmi les coupables de viol, dit le procureur.

Par ailleurs, 93 personnes ont été tuées dans les combats à la fin du mois de novembre, et la majorité des tués étaient des combattants du Front de libération populaire du Tigré (TPLF), non des civils. Amnesty International, qui a enquêté sur les incidents au Tigré, avait, elle, décompté pas moins de 240 tués. L’ONG de défense des droits de l’homme accuse les troupes éthiopiennes et érythréennes de commettre des crimes de guerre.

Vendredi dernier, le chef de l’Église orthodoxe éthiopienne a accusé le gouvernement de vouloir "détruire" la région du Tigré et "effacer les Tigréens de la surface de la terre", dans une vidéo constituant ses premiers commentaires publics sur cette guerre qui dure depuis six mois dans le nord du pays. Cette vidéo du patriarche Abune Mathias, lui-même originaire du Tigré, a été diffusée après avoir été acheminée hors d’Éthiopie par un de ses amis, car ses précédentes tentatives de s’exprimer sur le conflit ont été "étouffées et censurées", affirme-t-il.

Le TPLF classé "terroriste"

La veille, le Parlement éthiopien avait avalisé une décision récente du Conseil des ministres éthiopiens de classer comme organisation terroriste le TPLF. Cette résolution, adoptée unanimement par des députés acquis au parti au pouvoir, concerne également l’Armée de libération oromo (OLA), un groupe armé actif notamment dans les régions Oromia et Amhara.

La classification du TPLF en entité terroriste éloigne un peu plus la perspective de pourparlers de paix au Tigré, six mois après que l’armée fédérale y a lancé une vaste opération militaire pour y renverser les autorités régionales, qui avaient attaqué les bases, dans la province, de l’armée nationale.

Le TPLF a dominé la coalition au pouvoir en Éthiopie entre 1991 et 2018, date de la nomination de Abiy Ahmed - un Oromo - au poste de Premier ministre. Les Tigréens forment 6 % de la population éthiopienne et les Oromos un tiers.

M. Abiy a proclamé la victoire au Tigré fin novembre, lorsque l’armée a pris la capitale régionale Mekele, mais les dirigeants du TPLF restent en fuite et des combats persistent.

Crise humanitaire grave

Le conflit a provoqué une crise humanitaire grave, Médecins sans frontières s’inquiétant de niveaux "alarmants" de malnutrition au sein de la population du Tigré. L’Organisation internationale pour les migrations de l’Onu (OIM) estime qu’un million d’habitants de la région ont fui leur foyer en raison de la crise.

De son côté, l’OLA est issue d’une scission du Front de libération oromo (OLF), groupe d’opposition ayant renoncé à la lutte armée depuis le retour d’exil de ses dirigeants après l’arrivée au pouvoir de M. Abiy, premier dirigeant éthiopien oromo. Les autorités éthiopiennes accusent depuis longtemps le TPLF de s’associer à l’OLA pour alimenter la violence ethnique et saper l’autorité du gouvernement fédéral.

La communauté internationale s’alarme de la situation. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a notamment mis en garde le mois dernier contre un "désastre humanitaire" imminent.