Le Premier ministre du Lesotho, accusé du meurtre de son épouse, fuit l'inculpation

Le Premier ministre du Lesotho, accusé du meurtre de son épouse, fuit l'inculpation
©AP
MFC (avec AFP)

Royaume montagneux grand comme la Belgique et peuplé de 2,1 millions d’habitants, le Lesotho, entièrement enclavé dans le territoire de l’Afrique du Sud, fait habituellement peu parler de lui. Il est pourtant, depuis janvier dernier, le théâtre d’une saga digne d’une série télévisée.

C’est au début de cette année, en effet, que le chef de la police a révélé dans un courrier – qui a fait l’objet de “fuites” – qu’un appel à partir du téléphone portable du Premier ministre avait été passé à l’heure et sur les lieux du meurtre de sa première épouse, le 14 juin 2017. Le couple était alors en instance de divorce et, deux jours plus tard, Thomas Thabane, alors 78 ans, devait être investi Premier ministre. L’épouse, 58 ans, avait été assassinée par balles alors qu’elle rentrait chez elle. Deux mois plus tard, le Premier ministre épousait Maesaiah, 40 ans.

Celle-ci a été inculpée de complicité de meurtre le 4 février dernier – et libérée dès le lendemain contre une caution de… 61 euros, ce qui a choqué le pays.

L’inculpation du Premier ministre était prévue le 21 février. Ce jour-là, cependant, il était parti en Afrique du Sud, “pour raisons de santé”, avant de se présenter le 24 à sa juge, le temps pour son avocat d’expliquer que ses fonctions de Premier ministre “lui assurent l’impunité”. L’affaire avait été renvoyée.

Comme l’opposition, le parti de M. Thabane, l’ABC, lui a demandé de se retirer – ce que l’intéressé a reporté à “la fin juillet”. On le soupçonne de vouloir utiliser ce délai pour se soustraire à la justice. Aussi, ABC et opposition se sont-ils entendus au parlement pour le remplacer. Mais ils ont été pris de vitesse, le mois dernier, par le Premier ministre, qui a suspendu l’assemblée pour trois mois, dans le cadre “de la lutte contre le Covid-19”.

L’armée dans les rues

Vendredi dernier, le 17 avril, la Cour constitutionnelle a annulé la décision du Premier ministre, ce qui a poussé ce dernier à sortir une nouvelle arme de sa boîte à malices. Pour “restaurer l’ordre” face à “certaines personnes et institutions” qui “s’en prennent aux principes et à l’autorité assurant la stabilité et la démocratie”, M. Thabane n’a pas hésité, samedi, à envoyer l’armée dans les rues de Maseru, capitale de 250 000 habitants soumis au confinement bien qu’aucun cas de coronavirus n’ait encore été déclaré.

Les militaires sont rentrés dans leurs casernes dimanche soir, après le passage d’une délégation ministérielle sud-africaine. Ils auraient dû arrêter le chef de la police, Holomo Molibali, a indiqué ce dernier à l’AFP, mais l’”ordre […] n’a pas été exécuté”. M. Molibali dit avoir tout de même été démis de ses fonctions.