Burundi: un recensement ethnique soulève le soupçon
Les 100 000 fonctionnaires du pays doivent se soumettre à un questionnaire très indiscret.
Publié le 01-11-2020 à 16h08
:focal(1275x965:1285x955)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/ipmgroup/JJBG42GXKVEANN2U3AR4KPT554.jpg)
Depuis ce lundi 26 octobre, l’État burundais a commencé à recenser quelque 100 000 fonctionnaires et assimilés. Cela se fait de manière électronique et par questionnaire. L’un et l’autre posent problème.
Normalement, ce recensement devait durer jusqu’à mardi soir. De gros problèmes électroniques - notamment à Bujumbura et Gitega, l’ancienne et la nouvelle capitale du Burundi - ont cependant entravé l’enregistrement des données, poussant les autorités à repousser sine die la fin de l’opération.
Des réponses ou pas de salaire
Par ailleurs, le questionnaire auquel les fonctionnaires sont sommés de répondre - faute de quoi le salaire d’octobre ne sera pas versé, indiquent des médias burundais - inquiète nombre d’entre eux.
Mardi, les confédérations syndicales Cosybu et CSB, ainsi que la fédération Cosesona, ont souligné que ce questionnaire avait été envoyé aux fonctionnaires du pays "sans être validé par tous les partenaires" sociaux, alors qu’il risque "de remettre en cause la vie privée, la liberté syndicale", tout en étant contraire à la Constitution (articles 19 et 37) et aux conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT).
Parmi les 109 questions posées, inquiète particulièrement l’exigence de préciser la " confession religieuse " et l’" ethnie ", d’indiquer si l’on a ou non " accès au crédit bancaire " et " pour quoi ", si l’on a déjà eu " des problèmes" sur le lieu de travail et "lesquels ", si l’on est affilié à un syndicat et si l’on en est " satisfait "…
Pour quelle(s) raison(s) ?
Les raisons de ce recensement n’ont pas été rendues publiques par la ministre chargée de la Fonction publique Domine Banyankinbona quand elle l’a annoncé, le 20 octobre. D’aucuns se demandent s’il s’agit de vérifier l’application des quotas ethniques (40 % de Tutsis, 60 % de Hutus) fixés par l’Accord de paix d’Arusha, mais ces quotas ne sont imposés que pour l’armée et la police, pas pour les autres fonctionnaires. En outre, il y a eu un tel recensement en 2016, qui avait déjà suscité un tollé, précisément parce qu’il n’était pas limité aux secteurs où des quotas sont d’application. L’opération soulève le soupçon dans un pays traumatisé par les massacres ethniques.