Ethiopie : des élections ternies par des violences politiques, qui écartent 20 % des électeurs des urnes

Il s’agit de zones touchées par des violences ou des insurrections. Elles voteront en septembre - sauf le Tigré.

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AFP

Les Éthiopiens se pressaient aux urnes lundi pour des élections repoussées deux fois et scrutées à l’étranger, sur fond de doutes sur leur crédibilité et de famine dans la région en guerre du Tigré (Nord). Il s’agit du premier test électoral pour le Premier ministre Abiy Ahmed, 44 ans, qui avait promis à son arrivée au pouvoir, en 2018, d’incarner un renouveau démocratique.

Plusieurs électeurs et responsables politiques interrogés par l’AFP saluaient un vote qu’ils jugeaient plus démocratique que lors des précédentes élections, où la vie politique était dominée par la coalition au pouvoir depuis 1991 et où dominaient les Tigréens (6 % de la population).

"Les élections les plus démocratiques"

M. Abiy, lauréat 2019 du prix Nobel de la paix, qui avait fait libérer des milliers de prisonniers et encouragé le retour d’opposants en exil, avait promis que ces élections législatives et régionales seraient les plus démocratiques que l’Éthiopie ait jamais connues.

"En termes d’indépendance des institutions, de processus, d’accès des médias, nous pouvons dire que c’est bien mieux que les précédentes élections, donc je peux dire qu’il s’agit d’un jour historique", a déclaré Dessalegn Chanie, l’un des leaders du Mouvement national pour l’Amhara (Nama), un parti d’opposition au Premier ministre et populaire dans la deuxième région la plus peuplée du pays.

De son côté, un des principaux dirigeants d’opposition, Berhanu Nega, s’est félicité de la participation "qui semble bonne". "Espérons que cela finisse proprement", a-t-il toutefois mis en garde.

Le parti d’Abiy Ahmed favori

Le Parti de la Prospérité, le mouvement d’Abiy Ahmed, qui compte le plus grand nombre de candidats pour le Parlement fédéral, est le grand favori pour remporter une majorité et former un gouvernement. En Éthiopie, les députés élisent le Premier ministre, qui dirige le gouvernement, ainsi que le Président, dont la position est honorifique.

Dans les bureaux de vote, où des affiches rappellent aux électeurs la marche à suivre, ces derniers sont invités à placer un bulletin dans chacune des deux urnes parées d’une étiquette violette pour les législatives, verte pour les régionales. Ces élections mobilisent 40 partis et 9 500 candidats.

D’abord prévues en août 2020, elles ont été reportées à deux reprises, en raison de la pandémie de coronavirus puis de difficultés logistiques et sécuritaires.

Quelque 38 millions d’électeurs sont enregistrés, mais beaucoup d’entre eux ne se rendront pas aux urnes lundi, le vote n’ayant pas lieu dans un cinquième des 547 circonscriptions du pays.

La majorité de ces zones, touchées par des violences ou des insurrections armées ou bien connaissant des problèmes logistiques, voteront le 6 septembre.

Le problème du Tigré

Mais aucune date n’a été fixée pour les 38 circonscriptions du Tigré. Dans cette région, où le gouvernement mène depuis novembre une opération militaire contre une insurrection régionaliste, des atrocités ont été documentées et au moins 350 000 personnes sont désormais menacées par la famine, selon l’Onu.

Après sept mois d’un conflit qui se voulait bref, la guerre continue, écornant l’image pacificatrice du Premier ministre, et ternissant un scrutin qu’il voulait être le témoignage de sa volonté démocratique.

Dans la région d’Oromia, la plus peuplée du pays et dont est originaire le Premier ministre, les deux principaux partis d’opposition régionaux boycottent le scrutin pour protester contre l’emprisonnement de leurs dirigeants ou pour dénoncer son manque d’équité.

Certains observateurs ont questionné la crédibilité du scrutin, notamment les États-Unis, inquiets de l’exclusion d’un si grand nombre d’électeurs de la consultation et de la détention de responsables d’opposition.

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