Le Congo face à une rupture de vaccins après avoir laissé périmer les siens

En cause : les réticences des autorités à se faire vacciner, en particulier le chef de l’État et président de l’Union africaine.

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© Reuters

Les autorités congolaises ont déclaré mercredi que la République démocratique du Congo était en rupture de stock de vaccins AstraZeneca contre le Covid. Entre le début de la vaccination, le 19 avril, jusqu’au 11 juillet, 75 789 personnes seulement ont reçu une injection, dont 2 015 ont reçu la deuxième dose, dans un pays de 80 millions d’habitants. On observe en effet une grande méfiance face au vaccin, alors que la campagne de vaccination a quasiment été sabotée par les autorités.

Une campagne quasiment sabotée

Alors qu’il était prévu qu’elle soit lancée en grande pompe, en présence du chef de l’État, Félix Tshisekedi ne s’était pas présenté à ce lancement officiel, le 19 avril, ni plusieurs ministres attendus - alors que circulaient des bruits sur leur refus d’être vaccinés eux-mêmes. Résultat : extrêmement peu de gens se sont présentés pour une injection.

Devant l’inutilisation des doses d’AstraZeneca au Congo, l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) et l’Unicef avaient décidé, en mai, de rediriger vers d’autres pays 1,4 million des 1,7 million de doses fournies à Kinshasa par le système Covax, avant qu’elles ne soient périmées. Ce qui est resté au Congo n’a été que partiellement utilisé et est périmé.

"J’ai bien fait", dit le Président

Le 1er juillet dernier, le président Félix Tshisekedi a enfoncé le clou lors d’une déclaration publique à Goma (Nord-Kivu) : "J’ai bien fait de ne pas me faire vacciner", a-t-il affirmé. Comme il est aussi actuellement président de l’Union africaine, sa petite phrase a été reprise sur tout le continent, y renforçant les "antivax". Pour justifier son refus du vaccin - alors que la maladie a déjà tué 32 parlementaires et décimé son entourage - M. Tshisekedi a mis en doute l’"efficacité" d’AstraZeneca, vaccin choisi par les autorités congolaises.

Devant le tollé suscité par cette déclaration, le service Communication de la Présidence congolaise avait affirmé : "Le Président est un fervent promoteur de la vaccination en tant que recommandation de santé publique" mais "sur le plan personnel, il attendra […] l’arrivée en RDCongo d’autres lots de vaccins. À ce moment-là, quand il y aura une panoplie plus large, il se fera vacciner". "Chacun est libre de se faire vacciner ou pas".

Selon le ministre de la Santé, Jacques Mbungani, "nous sommes en attente de 50 000 doses d’AstraZeneca entre fin juillet et mi-août ; de 250 000 doses du vaccin Pfizer que nous aurons dans les quatre semaines". Kinshasa a également "négocié avec la Chine pour avoir 400 000 doses du vaccin chinois Sinovac", "tandis que dans l’initiative de l’Union Africaine, le pays bénéficiera d’une méga-donation de 26 millions de doses".

Hôpitaux et morgues "débordés"

En attendant, alors que 84 % des virus circulant au Congo sont des variants Delta, très contagieux et frappant aussi les jeunes, hôpitaux et morgues sont "débordés", dit le Dr Jacques Muyembe, patron de la riposte contre le Covid.

Un habitant de Goma (Nord-Kivu) signale à La Libre Belgique que "les hôpitaux sont débordés et il y a des enterrements chaque jour". Et de stigmatiser "le non-respect des gestes barrières, y compris par des membres des délégations gouvernementales et députés venus de Kinshasa et vus dans des réjouissances nocturnes dans les bars et boîtes de nuit par la population de Goma, alors qu’ils étaient en mission de compassion" après l’éruption volcanique du 22 mai dernier.

Le gouverneur militaire du Nord-Kivu a décrété ce 13 juillet un service minimum dans les administrations et dans le secteur privé afin d’entraver la propagation du virus.

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