L'Algérie, endeuillée, toujours en guerre contre les incendies ravageurs

Les pompiers et volontaires, qui bénéficient d'un début d'aide internationale, luttent sans relâche contre les flammes qui ravagent le nord de l'Algérie, au premier jour du deuil national décrété pour honorer les 69 personnes mortes dans ces incendies avivés par la chaleur extrême.

Le pays d'Afrique du Nord est toujours en proie jeudi à de multiples incendies dévastateurs, qui ont déjà coûté la vie à 41 civils et 28 militaires, selon un bilan officiel publié mercredi soir.

Végétation calcinée, bétail agonisant et villages assiégés: les feux ont en outre semé la désolation sur leur passage en Kabylie, une région située à l'est/sud-est de la capitale Alger.

Dans un communiqué, la protection civile a fait état jeudi de "92 incendies dans 16 wilayas (préfectures) dont 37 à Tizi Ouzou et 15 à El Tarf", près de la frontière tunisienne.

A la préfecture de Tizi Ouzou, zone qui a enregistré le plus de pertes humaines, des images prises par un photographe de l'AFP montrent à perte de vue des secteurs entiers de forêt parties en fumée.

Alors qu'ils avaient dû évacuer leur domicile pour fuir les flammes, des villageois ont commencé à regagner leurs villages. Ils constatent alors, dévastés, l'ampleur des dégâts.

L'un d'eux raconte à l'AFP avoir tout perdu: "il ne me reste plus rien. Mon atelier, ma voiture, mon appartement".

Mais cet homme à "réussi à sauver sa famille", alors que "des voisins sont morts ou ont perdu leurs proches", se console-t-il, comme il peut.

"Comme un volcan"

Face au drame, l'Algérie observe à partir de ce jeudi un deuil national de trois jours et les drapeaux ont été mis en berne à Alger.

Au quatrième jour de ces incendies, les efforts pour venir à bout des feux se poursuivent sans relâche.

Avec des moyens souvent limités, pompiers, militaires et volontaires tentent toujours de maîtriser les flammes. Ils sont soutenus par deux bombardiers d'eau loués auprès de l'Union européenne (UE), qui sont arrivés jeudi à Alger, selon l'agence APS.

Deux autres envoyés par la France sont également arrivés jeudi, a indiqué dans un tweet le président français Emmanuel Macron.

Devant l'ampleur de la catastrophe, les appels à l'aide se multiplient dans la société civile, en Algérie et au-delà.

Des ONG s'activent en France -- où les liens humains avec la rive sud de la Méditerranée sont nombreux -- pour envoyer du matériel aux zones sinistrées par l'intermédiaire d'organisations locales.

Dans le pays même, où le choc est immense, "particuliers et associations se mobilisent, sans relâche, en organisant des collectes de vêtements, de denrées alimentaires, de médicaments et de produits d'hygiène", écrit le site d'information TSA.

Djaffar, un habitant du village d'Agoulmim, en Kabylie, se dit reconnaissant face à cet élan de solidarité.

"Que Dieu les bénisse, parce qu'on est épuisés (...) On n'avait plus d'électricité et des gens ont apporté des groupes électrogènes d'un peu partout", a-t-il indiqué à Berbère TV.

"Les flammes ont dévoré le village, elles étaient très hautes, elles ont tout rasé (...) Subitement c'est devenu comme un volcan", a-t-il ajouté.

"Foule en colère"

Alors que l'Algérie fait face à une vague de chaleur extrême, les vents compliquent la tâche des secouristes.

Les autorités ont évoqué la piste criminelle. Quatre "pyromanes" ont jusque-là été interpellés, mais il n'y pas davantage de détails à ce jour.

La justice a en outre ordonné l'ouverture d'une enquête sur les circonstances de la mort d'un homme, accusé d'être un pyromane par une foule qui l'a immolé.

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent "une foule en colère" battant "à mort" un homme après l'avoir accusé de pyromanie, a dénoncé l'ONG Amnesty International.

Chaque année, le nord de l'Algérie est touché par des feux de forêt. En 2020, près de 44.000 hectares de taillis sont partis en fumée.

Mais ce phénomène s'amplifie tandis que les incendies se multiplient sur la planète. L'augmentation de la température, la multiplication des canicules et la baisse des précipitations par endroit est une combinaison idéale.

Une vague de chaleur extrême doit se poursuivre jusqu'en fin de semaine au Maghreb selon différents services météorologiques. Mercredi, la Tunisie a enregistré un record absolu avec une température de plus de 50 degrés (50,3 C) à Kairouan (centre). Une trentaine d'incendies ont été enregistrés depuis lundi dans ce pays.

Sur la rive nord de la Méditerranée, la Grèce et la Turquie ont été les pays les plus touchés ces deux dernières semaines.

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