Au moins 65 morts dont 28 militaires dans les incendies en Algérie, des pistes criminelles évoquées

Des pompiers soutenus par des militaires et des volontaires luttent mercredi pour tenter d'arrêter la course folle des flammes, qui ravagent depuis la veille le nord de l'Algérie, des multiples incendies qui ont fait au moins 65 morts dont 28 militaires

Ces incendies, pour lesquels les autorités ont évoqué des pistes "criminelles", touchent plusieurs régions de Kabylie, dont Tizi Ouzou, et des images impressionnantes --accompagnées d'appels à l'aide-- circulent sur les réseaux sociaux, avec des troncs calcinés, du bétail agonisant, asphyxié, et des villages assiégés.

Sur des images de l'AFP, on peut voir des habitants tentant désespérément d'étouffer un départ de feu à l'aide de modestes branches.

Alors que l'Algérie fait face à une vague de chaleur extrême, des vents propagent les feux et compliquent la tâche des secouristes, selon Youcef Ould Mohamed, un responsable local des forêts cité par l'agence officielle APS.

69 foyers

Le porte-parole de la protection civile, Nassim Barnaoui, a dit mercredi à la presse que 69 foyers d'incendies au total étaient encore actifs, dans 17 wilayas (préfecture). Les plus importants se trouvent dans la wilaya de Tizi Ouzou, qui a également connu le plus de pertes humaines.

"J'ai laissé tous mes biens dans mon village et je me suis enfui avec ma femme et mes trois enfants vers la ville de Tizi Ouzou" a dit a l'AFP Abdelhamid Boudraren, un commerçant du village de Beni Yeni.

"Heureusement, je possède un appartement dans le centre de Tizi Ouzou, où je me suis réfugié avec ma famille et quelques voisins", a-t-il raconté.

Depuis mardi, des appels à l'organisation de convois de solidarité avec les habitants des villages de Tizi Ouzou se sont multipliés sur les réseaux sociaux.

Les internautes y appellent notamment à collecter de la nourriture, des médicaments et aider à l'acheminement de l'eau pour lutter contre les incendies.

Plusieurs camions sont partis de la capitale transportant du matériel offert par des citoyens et des commerçants, a constaté un correspondant de l'AFP. Et une page "Médecins" sur Facebook a publié un appel à se porter volontaire pour venir en aide au personnel de l'hôpital de Tizi Ouzou.

D'autres appels ont été lancés sur les réseaux sociaux exhortant les autorités à solliciter une assistance internationale.

La piste criminelle a été évoquée par les autorités algériennes, qui n'ont toutefois donné aucune précision.

La radio publique algérienne a annoncé mardi l'arrestation de trois "pyromanes" à Médéa. Un quatrième a été arrêté à Annaba, selon l'APS.

"Origine criminelle"

D'après le ministre de l'Intérieur Kamel Beldjoud, une cinquantaine d'incendies "d'origine criminelle" attisés par les conditions météo ont débuté lundi soir.

Le Premier ministre, Aïmène Benabderahmane,a lui évoqué plus de 70 incendies dans 18 wilayas (préfectures) du nord du pays. La protection civile a fait état d'une centaine de feux dans 16 wilayas.

Les villes de Bouira, Sétif, Khenchela, Guelma, Bejaïa, Bordj Bou Arreridj, Boumerdès, Tiaret, Médéa, Tébessa, Blida et Skikda sont touchées, a indiqué sur Twitter la direction générale de la protection civile.

Le pire drame est survenu mardi en fin de journée quand 25 militaires ont péri alors qu'ils évacuaient des villageois menacés par les flammes, dans les montagnes de Bejaïa et Tizi Ouzou.

Dix-sept civils ont perdu la vie depuis le début de ces incendies.

Chaque année, le nord de l'Algérie est touché par des feux de forêt. En 2020, près de 44.000 hectares de taillis sont partis en fumée. Les autorités avaient annoncé avoir arrêté plusieurs auteurs d'incendies criminels.

Ce phénomène s'amplifie alors que les incendies se multiplient à travers le globe. Ils sont associés à divers phénomènes anticipés par les scientifiques en raison du réchauffement de la planète.

L'augmentation de la température, la multiplication des canicules et la baisse des précipitations par endroit est une combinaison idéale pour le développement des feux.

La chaleur extrême doit se poursuivre jusqu'en fin de semaine au Maghreb -jusqu'au 15 août selon les services météorologiques algériens, avec des températures atteignant 46 degrés.

En Tunisie voisine, la capitale Tunis a battu mardi son record absolu, avec 49 degrés. Une quinzaine de départs de feu ont été enregistrés dans le nord et le nord-ouest, sans heureusement faire de victime, selon Moez Triaa, porte-parole de la protection civile.

Sur la rive nord de la Méditerranée, la ont été les plus touchés ces deux dernières semaines, avec une série d'incendies violents qui ont fait huit morts sur les côtes turques et trois morts en Grèce.