L'Algérie rompt ses relations diplomatiques avec le Maroc en raison "d'actions hostiles"

Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a annoncé mardi la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc voisin, en raison "d'actions hostiles" du royaume à l'égard de l'Algérie.

Avec AFP

Rien ne va plus entre les voisins rivaux du Maghreb. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a annoncé ce mardi mettre fin à toute relation diplomatique avec le Maroc. "L'Algérie a décidé de rompre les relations diplomatiques avec le royaume du Maroc à partir de ce jour", a déclaré sans ambages le ministre, lors d'une conférence de presse.

Ramtane Lamamra justifie cette décision par de supposées actions inamicales de la part du royaume chérifien. "L'histoire a montré que le royaume du Maroc n'a jamais cessé de mener des actions hostiles à l'encontre de l'Algérie", estime le ministre. Les autorités algériennes voient notamment la main du Maroc dans les incendies meurtriers qui ont ravagé le nord du pays au début du mois d'août.

Plus précisément, ces feux de forêt, qui ont fait plus de 90 morts, sont attribués par le pouvoir algérien au Mak (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie), une organisation indépendantiste. Le mouvement, qui nie être à l’origine de ces feux, est classé terroriste par l’Algérie. La semaine dernière, dans un communiqué qui annonçait déjà la "révision" des relations avec le Maroc, la présidence algérienne estimait que le Mak "reçoit le soutien et l’aide de parties étrangères, en tête desquelles le Maroc et l’entité sioniste (NdlR, Israël)".

Ce n’est là que le dernier épisode de relations tendues depuis des décennies entre Rabat et Alger. La frontière entre les deux pays est d’ailleurs fermée depuis 1994. Au cœur de la discorde : le soutien de l’Algérie au Front Polisario, qui réclame un référendum d’autodétermination dans le territoire disputé du Sahara occidental, tandis que le Maroc propose un plan d’autonomie sous sa souveraineté.

Tensions croissantes

La normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël - en contrepartie d’une reconnaissance américaine de la "souveraineté" marocaine sur ce territoire - a encore avivé les tensions avec l’Algérie qui a dénoncé des "manœuvres étrangères" visant à la déstabiliser.

De la même manière, l’Algérie reproche au Maroc d’alimenter les velléités indépendantistes en Kabylie. En juillet, Alger avait rappelé son ambassadeur à Rabat pour "consultations avec effet immédiat" après "la dérive de la représentation diplomatique marocaine à New York qui a distribué une note officielle […] dans laquelle le Maroc soutient publiquement et explicitement un prétendu droit à l’autodétermination du peuple kabyle", avait expliqué le ministère algérien des Affaires étrangères.

Durant une réunion du mouvement des non-alignés les 13 et 14 juillet à New York, l’ambassadeur du Maroc à l’ONU, Omar Hilale, avait fait passer une note dans laquelle il estimait que "le vaillant peuple kabyle mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination".

Début août, le roi du Maroc, Mohammed VI, avait invité, dans un discours, le président algérien Abdelmadjid Tebboune "à faire prévaloir la sagesse" et "œuvrer à l'unisson au développement des rapports" entre les deux pays. On en est très loin.