Les dirigeants ouest-africains examinent la réponse au putsch en Guinée, menacée de sanctions

Les dirigeants des Etats ouest-africains se sont réunis mercredi en visioconférence pour examiner la réponse à apporter au coup d'Etat militaire en Guinée, exposée à des sanctions régionales.

Les dirigeants ouest-africains examinent la réponse au putsch en Guinée, menacée de sanctions
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Les dirigeants de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), dont fait partie la Guinée, ont entamé en début d'après-midi ce sommet virtuel pour "discuter de la réponse à apporter à cette violation claire de notre charte sur la bonne gouvernance", a dit en ouverture le président Nano Akufo-Addo dans un bref propos au nom de la présidence ghanéenne de l'organisation.

La réunion s'est ensuite poursuivie confidentiellement.

Dès dimanche et le putsch qui a renversé le président guinéen Alpha Condé, vétéran de la politique ouest-africaine et habitué de ces sommets, la Cédéao avait exprimé une ferme condamnation, et exigé la libération de M. Condé ainsi que le "retour à l'ordre constitutionnel sous peine de sanctions".

La Cédéao se retrouve un an après dans une situation comparable à celle qu'elle a connue avec le putsch d'août 2020 au Mali voisin.

Elle avait alors pris des sanctions essentiellement économiques - arrêt des échanges commerciaux hors produits de première nécessité, fermeture des frontières - et suspendu le pays de l'organisation. Ces sanctions avaient été levées à la suite de l'engagement des militaires maliens sur la voie d'une transition de 18 mois maximum pour rendre le pouvoir à des dirigeants civils issus d'élections.

Comme un an plus tôt, la Cédéao est amenée à se prononcer alors que les militaires emmenés par le chef des forces spéciales, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, peuvent se prévaloir d'une certaine popularité, comme en attestent les manifestations de sympathie dans différents quartiers de Conakry, encore alimentée par la libération mardi soir d'un premier groupe de dizaines d'opposants au régime déchu.

Les sanctions de la Cédéao étaient mal passées auprès d'une population malienne éprouvée, dans un contexte économique et social très détérioré et encore plus dégradé par la pandémie de Covid-19.

Avec la Guinée, un des pays les plus pauvres de la planète lui aussi plongé dans une crise profonde, les dirigeants de la Cédéao doivent de surcroît se prononcer sur un important producteur de bauxite, minerai essentiel à la fabrication d'aluminium, employé dans des industries aussi diverses que l'automobile ou l'alimentation.

Les incertitudes sur l'approvisionnement à la suite des évènements de Guinée ont fait monter l'aluminium à son prix le plus haut depuis 13 ans sur le marché des métaux à Londres.

Les putschistes disent avoir agi pour mettre fin à "la gabegie financière", la "corruption" et le "piétinement des droits des citoyens".

Ils ont dissous le gouvernement et les institutions et aboli la Constitution qu'avait fait adopter M. Condé en 2020 en invoquant ce changement de loi fondamentale pour se représenter après deux mandats, malgré des mois de contestation réprimée dans le sang.

Détenus libérés

Ils ont promis une "concertation" nationale en vue d'une transition politique confiée à un futur "gouvernement d'union nationale". Mais ils n'ont pas fourni plus de précisions pour le moment, sur un calendrier par exemple. Aucune information n'a été fournie sur Alpha Condé, sinon qu'il était en bonne santé et bien traité.

Les militaires ont, selon les mots de la télévision nationale passé sous leur contrôle, "multiplié les gestes de bonnes intentions" depuis dimanche.

Le nouvel homme fort du pays s'est employé à rassurer les investisseurs et ses concitoyens en affirmant que les nouveaux dirigeants respecteraient tous les engagements internationaux et miniers et ne se livreraient pas à une "chasse aux sorcières".

Mardi soir, très symboliquement, ils ont fait libérer près de 80 détenus, dont plusieurs des principales figures de la contestation contre Alpha Condé, sortis de la prison civile de Conakry sous les vivats de leurs partisans et de leurs proches.

L'un d'entre eux, Ismaël Condé, transfuge de l'ex-parti présidentiel condamné à une peine de prison pour des propos laissant entendre que seules les armes pourraient chasser Alpha Condé du pouvoir, a dit prier pour "une nouvelle ère pour la Guinée". "Nous sortons ragaillardis pour continuer la lutte pour une Guinée libre et démocratique", a-t-il assuré.

"Notre combat contre le troisième mandat a abouti, nous avons remporté la victoire", a déclaré pour sa part Oumar Sylla, alias Foniké Mengué, un des principaux animateurs de cette contestation.

Aucun décès lié au putsch n'a été rapporté officiellement. Mais des médias guinéens ont fait état d'une dizaine à une vingtaine de morts dans les rangs de la garde présidentielle, des informations invérifiables faute d'accès aux hôpitaux.

"On est derrière Doumbouya", a déclaré à l'AFP Abdoul Gadiri Diallo, à Bambéto, banlieue réputée favorable à l'opposition, régulièrement secouée par des heurts entre manifestants et forces de sécurité, "il va très bien redresser ce pays-là, on compte sur lui".

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