Le parti islamiste Ennahdha juge "inconstitutionnelle" la nomination de la cheffe du gouvernement tunisien

Le parti d'inspiration islamiste Ennahdha, principale force au Parlement tunisien, suspendu depuis le coup de force du président Kais Saied, a dénoncé jeudi comme "inconstitutionnelle" la nomination la veille d'une nouvelle cheffe du gouvernement.

AFP
Le parti islamiste Ennahdha juge "inconstitutionnelle" la nomination de la cheffe du gouvernement tunisien
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Mercredi, le président tunisien Kais Saied a nommé au poste de Premier ministre la géologue Najla Bouden et l'a chargée de former une nouvelle équipe gouvernementale.

Exprimant dans un communiqué son "respect pour la femme tunisienne" et saluant sa "lutte pour la liberté et l'égalité", Ennahdha a "mis en garde contre la nomination du chef du gouvernement sur la base d'un décret présidentiel inconstitutionnel et avec des prérogatives de pure forme".

Selon ce mouvement, bête noire du président Saied, cette nomination, "qui ne respecte pas les procédures constitutionnelles, aggravera les crises économique et sociale dans le pays et n'aidera pas à les résoudre".

Depuis la révolution de 2011 qui avait mis fin à un règne sans partage pendant près de 24 ans de Zine El Abidine Ben Ali, la pratique en Tunisie était que le choix du Premier ministre soit validé par un vote du Parlement.

Ennahdha a également dénoncé "le maintien du monopole du pouvoir" par M. Saied et l'"instauration d'un pouvoir absolu faisant taire les voix de la prudence et de la sagesse".

Ennahdha, qui est en difficultés après avoir enregistré ces derniers jours plus d'une centaine de démissions, a appelé le président Saied "à ne pas aller trop loin dans son autocratie dans l'organisation inconstitutionnelle des pouvoirs et à mettre fin aux mesures exceptionnelles".

Un décret présidentiel promulgué le 22 septembre est venu officialiser le coup de force du 25 juillet du président Kais Saied par lequel il s'est arrogé les pleins pouvoirs, après avoir limogé le Premier ministre Hichem Mechichi, gelé le Parlement et avoir repris en main le pouvoir judiciaire.

Plus de 80 députés, principalement d'Ennahdha et de son allié Qalb Tounes, ont appelé mercredi à reprendre le travail parlementaire à partir de vendredi.

"Nous annonçons notre lutte franche (...) et par toutes les formes démocratiques" contre ces mesures exceptionnelles "qui représentent un danger pour la République et pour les acquis démocratiques", ont-ils indiqué dans un communiqué.