Une famine imminente plane au-dessus du Kenya

La sécheresse a encore aggravé la situation dans cette région où 2,4 millions de personnes sont en grand danger.

AFP
Une famine imminente plane au-dessus du Kenya
©BELGA/AFP

Au moins 2,4 millions de personnes risquent d’être confrontées à la faim d’ici novembre en raison de la sécheresse dans le nord et l’est du Kenya, selon le Programme alimentaire mondial (Pam), qui redoute un épisode similaire à celui qui a frappé le pays en 2017.

Le président kényan Uhuru Kenyatta a déclaré le 8 septembre l’état de catastrophe naturelle en raison de la sécheresse qui a d’ores et déjà plongé au moins 2,1 millions de personnes dans la faim, selon l’Autorité nationale de gestion de la sécheresse (NDMA). "Ce chiffre devrait atteindre 2,4 millions de personnes à partir de novembre 2021", estime le Pam.

"Point de rupture"

Puissance africaine, le Kenya fait face depuis fin 2019 à une succession de calamités. Après des inondations, une invasion de criquets et la pandémie de coronavirus, les précipitations ont été en nette baisse lors des deux dernières saisons des pluies de fin 2020 (octobre-décembre) et début 2021 (mars-mai), notamment dans 23 comtés arides et semi-arides du nord et de l’est du pays, aujourd’hui les plus durement touchés. Ce déficit d’eau a mis à mal l’approvisionnement en eau potable, détruit les cultures et les pâturages pour les troupeaux.

"Nous redoutons que la petite saison des pluies à venir, en octobre, soit mauvaise également, ce qui signifie que nous allons nous retrouver dans une situation extrêmement désastreuse", souligne Lauren Landis, la représentante du Pam dans le pays, évoquant "un point de rupture" dans les comtés les plus touchés.

Aujourd’hui, plus de 465 200 enfants de moins de cinq ans et plus de 93 300 femmes enceintes ou allaitantes souffrent de malnutrition aiguë dans les comtés arides et semi-arides. Le gouvernement kényan a annoncé mi-septembre qu’il mobilisait deux milliards de shillings (15,5 millions €) pour des actions d’urgence, notamment pour acheminer de l’eau potable.

Violences

L'Onu a appelé à la mobilisation de 139 millions de dollars (120 millions d'euros), dont seulement 28 ont été jusqu'à présent réunis. "Et c'est simplement pour pouvoir passer la prochaine saison des pluies", souligne Lauren Landis : "Si cette saison des pluies échoue (à fournir suffisamment d'eau), les besoins seront encore plus élevés". Les autorités kényanes ont aussi annoncé l'envoi de 14 camions de nourriture pour le bétail, principale source de revenus dans ces régions.

"La sécheresse engendre un conflit pour les ressources", souligne Lauren Landis : "Tout le monde cherche de l'eau, tout le monde cherche de la nourriture pour le bétail, les fermiers veulent faire pousser des cultures, tout cela avec des ressources limitées. […] Et cela ne fera qu'empirer".

Plusieurs incidents ont été rapportés ces derniers mois : certains bergers ont mené leurs troupeaux dans des réserves privées pour y trouver des pâturages, d’autres se sont affrontés pour accéder aux points d’eau de plus en plus rares. Des animaux sauvages ont également été vus dans des zones urbaines. Mi-août, deux éléphants échappés d’une réserve et en quête d’eau ont blessé un homme qui tentait de les chasser. (AFP)