Coup d'Etat au Soudan: grenades lacrymogènes sur les manifestants anti-putsch, communications coupées

Les forces de sécurité soudanaises ont tiré mercredi des grenades lacrymogènes sur des manifestants défilant par milliers à Khartoum contre le coup d'Etat militaire, bravant la répression qui a déjà fait 24 morts et une coupure désormais totale des communications.

Depuis le putsch du 25 octobre, les militants ont appris à mobiliser via SMS plutôt que sur les réseaux sociaux. Mais depuis mercredi à la mi-journée, ils ne peuvent même plus s'écrire sur leurs téléphones ou s'appeler.

Peu après que cette chape de plomb s'est abattue sur ce pays d'Afrique de l'Est, l'un des plus pauvres au monde, les forces de sécurité, qui quadrillaient Khartoum en masse, ont tiré des grenades lacrymogènes sur différents cortèges.

Des témoins ont fait état de "blessés" tandis que des journalistes de l'AFP ont vu des manifestants s'effondrer après avoir inhalé du gaz lacrymogène.

Alors qu'aucune solution politique ne semble en vue après le coup de force qui a mis à l'arrêt une transition battant de l'aile depuis des mois, Washington a dépêché une émissaire.

Molly Phee, vice-secrétaire d'Etat pour les Affaires africaines, a fait ces derniers jours la navette entre civils - comme le Premier ministre Abdallah Hamdok toujours en résidence surveillée - et militaires, notamment le général Burhane, pour tenter de relancer la transition démocratique au Soudan, sorti en 2019 d'une dictature militaire quasi continue depuis l'indépendance en 1956.

Mais le chef de l'armée semble ne pas envisager de retour en arrière: il s'est récemment renommé à la tête de la plus haute institution de la transition, le Conseil de souveraineté. Et a reconduit tous ses membres militaires ou pro-armée, remplaçant uniquement quatre membres partisans d'un pouvoir entièrement civil par d'autres civils, apolitiques.

"Non au pouvoir militaire" et "Le peuple a choisi les civils", répondent mercredi dans la rue les manifestants, qui conspuent le général Burhane, accusé d'être un partisan de l'ancien régime, une alliance entre militaires et islamistes au pouvoir durant 30 ans.

Arrestations jusque dans les hôpitaux

Pour endiguer le mouvement, les rafles continuent et des centaines de militants, de passants ou de journalistes ont été arrêtés, à l'instar du chef du bureau d'al-Jazeera, Al-Moussalami al-Kabbachi, finalement relâché mardi.

Selon un syndicat de médecins pro-démocratie, les forces de sécurité, qui ont tué 24 personnes et blessé des centaines d'autres, sont même allées jusqu'à arrêter médecins et blessés dans des hôpitaux de la capitale.

Sur le plan politique, les militaires tardent à nommer les nouvelles autorités qu'ils promettaient depuis des jours de façon "imminente".

Mme Phee a plaidé pour le retour de M. Hamdok, dont les quelques ministres libres affirment être toujours l'unique cabinet "légitime" et refusent de négocier avec les généraux depuis le putsch du 25 octobre.

A l'aube ce jour-là, le général Burhane a fait arrêter la quasi-totalité des dirigeants civils avec lesquels il partageait le pouvoir et dissous toutes les institutions.

S'il a depuis fait libérer quatre ministres, il a dans le même temps emprisonné d'autres figures civiles, faisant même rayer de la déclaration constitutionnelle née de la révolte anti-dictature de 2019 toute mention du bloc pro-civil des Forces de la liberté et du changement (FLC).

Et à chaque appel à la mobilisation de la rue, il répond par un déploiement sécuritaire massif et des tirs de balles réelles, en caoutchouc ou de grenades lacrymogènes.

Dans le pays où plus de 250 manifestants ont péri dans la révolte qui a renversé Omar el-Béchir en 2019, 24 nouvelles personnes ont été tuées, parmi lesquelles trois adolescents, note l'Unicef qui s'inquiète d'un usage "excessif" de la force contre des manifestants pacifiques.

Le général Burhane, lui, continue de promettre des élections en 2023 et assure n'avoir agi que pour "corriger la trajectoire de la révolution", comme il l'a redit mardi à Mme Phee.

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