Le droit des femmes et la restitution d'oeuvres au menu d'une visite belge en RDC

La ministre de la Coopération au développement, Meryame Kitir, et le secrétaire d'État à la Politique scientifique, Thomas Dermine, s'envolent mardi pour une visite en République démocratique du Congo (RDC), le principal partenaire de la Belgique en termes de coopération du fait des relations historiques qui unissent les deux pays.

Le droit des femmes et la restitution d'oeuvres au menu d'une visite belge en RDC
©BELGA/ Flemal Jean-Luc
Belga

La mission de Mme Kitir, du 23 au 28 novembre, sera toutefois plus longue que celle de M. Dermine, qui se terminera vendredi et se limitera à Kinshasa, ont indiqué leur cabinet respectif. La ministre se rendra pour sa part également à Bukavu, le chef-lieu de la province troublée du Sud-Kivu (est), dans une région en proie à des violences depuis plus de 25 ans. Elle doit ainsi visiter vendredi la clinique Panzi du prix Nobel de la paix Denis Mukwege, qui soigne des femmes victimes de violences sexuelles.

Il s'agit pour les deux membres du gouvernement fédéral de leur premier déplacement en RDC depuis leur entrée en fonction en octobre 2020. La dernière visite ministérielle belge remonte à février 2020 - juste avant le début de la crise sanitaire -, avec le déplacement de la Première ministre de l'époque, Sophie Wilmès, et du ministre de la Coopération, qui était alors Alexander De Croo.

L'actuelle ministre, Mme Kitir (Vooruit), mettra principalement l'accent sur des visites de projets et des réunions autour du thème des droits des femmes, de l'égalité des sexes et de la lutte contre la violence sexiste, dans le contexte de la campagne internationale "16 jours d'activisme contre la violence basée sur le genre" qui se tient du 25 novembre au 10 décembre. Elle devrait aussi rencontrer la directrice exécutive de l'ONUSIDA, Winnie Byanyima, ainsi que des responsables politiques congolais.

Quant à M. Dermine (PS), sa visite sera axée sur le thème du "renforcement des collaborations culturelle et scientifique", sur fond de préparatifs de la restitution des biens provenant de la colonisation. Il sera notamment accompagné par le directeur général du Musée royal d'Afrique centrale (MRAC, ou AfricaMuseum) de Tervueren, Guido Gryseels.

La RDC est de loin, 61 ans après son indépendance, le principal partenaire de la coopération bilatérale belge. L'ex-colonie bénéficie de 17% des montants alloués dans le cadre de l'aide publique au développement (APD) géographiquement attribuable. La Belgique est le quatrième donateur bilatéral, après les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne. En 2020, le montant total de l'APD belge alloué à la RDC s'élevait à 94,03 millions d'euros, contre 90,93 millions en 2019 et 109,20 millions en 2018, selon le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération au développement.

Mais la longue crise diplomatique entre Kinshasa et Bruxelles, à la suite du report des élections générales prévues en 2016 - elles se sont finalement tenues le 30 décembre 2018, mais produisant des résultats contestés -, a fait que les montants prévus n'ont pas été intégralement engagés, en raison d'une révision de la politique décidée par M. De Croo et d'une réorientation vers l'aide humanitaire. Les montants alloués se sont finalement élevés à 40,30 millions d'euros en 2018, à 32,50 millions en 2019 et 30,8 millions ont été dépensés en 2020, selon la même source.

Outre cette collaboration bilatérale, la Belgique affecte également des moyens financiers importants à l'aide humanitaire apportée par des organisations internationales. Les montants affectés étaient de 24,77 millions d'euros en 2018, de 15,79 en 2019 et de 20,23 millions en 2020.

Ces chiffres ne tiennent pas compte de la coopération belgo-congolaise transitant par d'autres canaux (les Communautés et Régions, les ONG et les universités), a-t-on souligné de source gouvernementale.

En ce qui concerne la restitution de biens spoliés issus de la colonisation et qui se trouvent en Belgique, le gouvernement fédéral a lancé début juillet un vaste chantier d'étude sur leur provenance. Un cadre a été fixé pour la restitution des biens aux anciennes colonies qui, dans les années à venir, pourrait viser des milliers d'objets et faire de la Belgique une pionnière dans ce domaine.

L'essentiel de ces biens se trouve à l'AfricaMuseum de Tervueren, institution fédérale. Quelque 128.000 objets sont recensés, provenant à 85% de la RDC, en grande majorité des objets de la vie quotidienne, rassemblés depuis la création de l'État indépendant du Congo (EIC), propriété personnelle du roi Léopold II de 1885 au 15 novembre 1908, date de la reprise de cet immense territoire par la Belgique. Le musée évalue à 1% la part issue de pillages, à 58% la part appropriée correctement, le reste devant faire l'objet d'une étude de provenance.

Le président Antoine-Félix Tshisekedi Tshilombo a annoncé vendredi la création d'une commission "sur le rapatriement du patrimoine culturel congolais".

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