Heurts armés à la frontière Soudan-Ethiopie

Khartoum dénonce d’importantes pertes parmi ses militaires, dans une zone disputée.

La zone disputée d’Al-Fashaga est fertile et revendiquée par les deux pays depuis des décennies.
La zone disputée d’Al-Fashaga est fertile et revendiquée par les deux pays depuis des décennies. ©AFP
Marie-France Cros (Avec AFP)

L'armée soudanaise a annoncé samedi avoir repoussé une tentative d'"incursion" de l'armée éthiopienne sur son territoire. Le chef de l'armée et de la junte militaire qui a pris le pouvoir le 25 octobre dernier à Khartoum veut y voir une démonstration de la manière dont l'armée protège le pays. Cette dernière, depuis un mois, était principalement occupée à réprimer la révolte populaire contre le coup d'État, faisant plus de 42 morts parmi les manifestants, sur lesquels l'armée tire à balles réelles.

"Importantes pertes"

L'armée soudanaise a évoqué la mort de "plusieurs" de ses soldats. "Nos forces protégeant les récoltes dans la région d'Al-Fashaga près de Barakat Nourein ont subi une attaque de l'armée et de milices éthiopiennes visant à intimider les agriculteurs et saboter la saison des récoltes", a indiqué l'armée soudanaise dans un communiqué. Les soldats soudanais, qui ont "repoussé l'attaque", ont "essuyé d'importantes pertes humaines et matérielles", poursuit-elle, sans préciser le nombre de morts dans ses rangs.

Al Jazeera indique que des sources du gouvernement éthiopien ont nié toute "incursion" en territoire soudanais. C'est conforme à la logique éthiopienne, qui considère comme sienne la zone disputée.

Les deux pays se disputent la zone fertile d’Al-Fashaga depuis plus d’un siècle, selon Middle East Eye. En 1902, alors que l’Égypte et le Soudan étaient sous colonisation britannique et l’Éthiopie indépendante, la zone avait été déclarée soudanaise.

En 1995, des pressions conjointes de l’Éthiopie et de l’Égypte avaient obtenu le retrait des troupes soudanaises qui occupaient Al-Fashaga. Mais les deux pays ne sont jamais parvenus à trouver un accord sur le tracé de leur frontière.

Un accord de 2008 permettait que des paysans des deux pays cultivent cette zone fertile, tandis qu’elle dépendait administrativement du Soudan. La tension s’est accrue depuis la fin de l’année dernière, après qu’ait éclaté, le 4 novembre 2020, un conflit armé entre le gouvernement fédéral éthiopien et les autorités régionales du Tigré, conflit qui a poussé des dizaines de milliers d’Éthiopiens à se réfugier au Soudan.

À la mi-décembre, l’armée soudanaise a pénétré dans la zone d’Al-Sahaga et en a expulsé les Éthiopiens alors que l’armée et des milices éthiopiennes s’y étaient déployées dans le cadre de leur conflit avec le Tigré. Al-Fashaga est en effet frontalière des provinces éthiopiennes du Tigré et de l’Amhara, alliée d’Addis Abeba, celle-ci, à qui elle a offert le renfort de ses milices en raison d’un conflit territorial avec le Tigré.

Conflit pour le Nil

Le conflit pour Al-Fashaga pourrait aggraver la dispute entre l’Éthiopie, d’une part, le Soudan et l’Égypte, de l’autre, au sujet du barrage éthiopien Grand Renaissance. Le Caire est opposé à sa mise en service, par crainte d’une baisse du niveau du Nil sur son territoire. La position du Soudan fluctue selon qui le gouverne ; les militaires qui ont saisi le pouvoir à Khartoum s’entendent avec le général Al-Sissi, qui gouverne l’Égypte depuis 2014. Addis Abeba estime avoir le droit de fournir ses 85 millions d’habitants en électricité par un barrage situé sur le principal affluent du Nil, le Nil bleu, qui lui fournit quelque 80 % de son eau. Le Caire a menacé Addis Abeba d’actions militaires.