Ethiopie: milliers de détentions avec l'état d'urgence, selon l'ONU

L'ONU dénonce des milliers de détentions depuis début novembre en Ethiopie en raison de l'état d'urgence. Vendredi à Genève, elle a affirmé qu'elle recevait toujours des indications crédibles de violations graves des droits humains de toutes les parties au conflit.

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Photo d'illustration ©AFP

L'état d'urgence national décidé début novembre par le gouvernement "aboutit à des inquiétudes significatives pour les droits humains, a dit la Haute commissaire aux droits de l'homme adjointe, Nada al-Nashif. "Excessif", ce dispositif a provoqué l'arrestation et la détention de "milliers d'Ethiopiens", a-t-elle encore déploré au début d'une session spéciale du Conseil des droits de l'homme soutenue par des dizaines de pays dont la Suisse.

Parmi ces personnes se trouve du personnel de l'ONU. La plupart viennent du Tigré, dans le nord du pays où un conflit a lieu plus d'un an. Au moins 5000 personnes seraient toujours détenues, dont de nombreuses parmi elles n'ont pas de contact avec leur avocat et auraient été victimes d'abus. Une situation qui équivaut à une "disparition forcée", selon Mme al-Nashif.

Elle dénonce toujours plus d'incitations à la haine et redoute une extension de violences à l'ensemble du pays, qui pourrait avoir des impacts sur toute la région.

La Haute commissaire adjointe veut aussi un mécanisme de surveillance. Dans un projet de résolution qui doit être discuté dans l'après-midi, une Commission internationale d'experts de droits humains est prévue pour un an. Elle devrait succéder à l'investigation menée par le Haut-Commissariat aux droits de l'homme et la Commission éthiopienne des droits de l'homme.

Dans leur rapport il y a quelques semaines, ces deux entités avaient affirmé que des actes équivalant à des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre avaient été perpétrés.

Les violences vont d'exécutions extrajudiciaires, surtout d'hommes, à de la torture en passant par des déplacements forcés ou des abus sexuels. Malgré des réserves, le gouvernement éthiopien a promis d'appliquer des recommandations.

Opposant au début l'armée, les forces érythréennes et celles séparatistes du Tigré, le conflit s'est élargi à deux autres régions du nord. Amnesty International (AI) et Human Rights Watch (HRW) avaient affirmé jeudi que des combattants de la région Amhara, alliés de l'armée éthiopienne, arrêtent et tuent des civils tigréens.

Au total, plus de deux millions de personnes ont été déplacées ou sont réfugiées. Et des centaines de milliers sont confrontés à des conditions proches de la famine, selon l'ONU.