En Tunisie, le président Saïed continue de faire le vide autour de lui

Il a dissous le Conseil supérieur de la magistrature, qu’il accuse de corruption.

AFP
En Tunisie, le président Saïed continue de faire le vide autour de lui
©BELGA/AFP

Le président tunisien, Kaïs Saïed, a annoncé la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), organe de supervision judiciaire qu’il accuse de partialité. La décision suscite des inquiétudes pour l’état de droit, même si elle a été applaudie par des manifestants à Tunis.

"Le CSM appartient au passé", a déclaré le Président dans une vidéo diffusée dans la nuit de samedi à dimanche, dénonçant une instance à ses yeux corrompue, qui aurait ralenti notamment les enquêtes sur les assassinats en 2013 de deux militants de gauche.

Il vise ainsi, selon les observateurs, le parti Ennahdha, sa bête noire, qui a contrôlé le Parlement et les gouvernements ces dix dernières années, après la chute du dictateur Zine El Abidine Ben Ali et la révolution de 2011.

Le CSM, créé en 2016 pour garantir l’indépendance de la justice, est composé de 45 membres, pour les deux tiers des magistrats élus par le Parlement, qui élisent à leur tour le tiers restant.

Des milliards et des milliards

"Les postes et les nominations se vendent et se font selon les appartenances" au sein du CSM, a accusé M. Saïed, en ajoutant : "Vous ne pouvez pas imaginer l'argent que certains juges ont pu recevoir, des milliards et des milliards". Pour lui, "la place des magistrats [du CSM] est sur le banc des accusés".

Kaïs Saïed concentre tous les pouvoirs depuis le 25 juillet, quand il a limogé son Premier ministre et gelé le Parlement, des mesures dénoncées comme un "coup d'État" par Ennahdha et l'opposition.