Assassinat de Sankara au Burkina Faso : l'ex-président Blaise Compaoré condamné à la perpétuité

Burkina Faso L’ex-homme fort du pays, en exil en Côte d’Ivoire depuis qu’il a été renversé en 2014, a toujours nié les faits.

H. Le. (Avec AFP)
Assassinat de Sankara au Burkina Faso : l'ex-président Blaise Compaoré condamné à la perpétuité
©REPORTERS

Le verdict est tombé après six mois d’audiences dans le procès de l’assassinat en 1987 de l’ex-président du Burkina Faso Thomas Sankara, tué avec douze de ses compagnons par un commando lors d’une réunion au siège du Conseil national de la révolution (CNR) à Ouagadougou.

Les trois principaux accusés, l’ex-président Blaise Compaoré, le général Gilbert Diendéré, un des chefs de l’armée en 1987, et Hyacinthe Kafando, ex-chef de la sécurité de Campaoré, ont été condamnés à perpétuité.

Blaise Compaoré, en exil en Côte d’Ivoire depuis sa chute, et Hyacinthe Kafando, introuvable depuis 2016, étaient les grands absents de ce procès. Le général Diendéré, lui, est déjà derrière les barreaux au Burkina Faso, où il purge une peine de vingt ans de prison pour sa participation à une tentative de coup d’État en 2015, un an après la chute de Compaoré.

Les trois hommes sont condamnés pour "attentat à la sûreté de l’État". Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré sont également reconnus coupables de "complicité d’assassinat" et Hyacinthe Kafando, soupçonné d’avoir mené le commando qui a tué Thomas Sankara, d’"assassinat". Huit autres accusés ont été condamnés à des peines allant de trois ans à vingt ans de prison. Trois accusés, enfin, ont été acquittés.

Les avocats de l'ex-chef d'État soupçonné d'être le commanditaire de l'assassinat de son ancien compagnon d'armes arrivé au pouvoir par un putsch en 1983, ont sans cesse dénoncé "un procès politique" devant "une juridiction d'exception", estimant que la procédure "ne vaut rien".

Pas de "vengeance"

La plupart des douze accusés présents, dont le général Diendéré, ont plaidé non coupable et les avocats de la famille Sankara ont regretté qu'aucun n'ait avoué ou ne se soit repenti. "Personne ! Nous demandons au tribunal de rendre justice aux familles. Nous ne voulons pas une vengeance, nous demandons simplement justice", a déclaré l'un d'eux.

Le procès a été perturbé par le coup d’État du 24 janvier du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui a renversé le président élu Roch Marc Christian Kaboré.

Il a été une première fois suspendu au lendemain du putsch, puis le 31 janvier, "jusqu’au rétablissement de la Constitution" mise en sommeil lors du coup d’État, puis rétablie par la junte au pouvoir, permettant sa reprise.

Mais de nouvelles interruptions sont intervenues, dont une à la suite de la prestation de serment de M. Damiba devant le Conseil constitutionnel, le 16 février.

La défense a alors introduit une requête en soulignant qu'on demandait des condamnations pour "attentat à la sûreté de l'État", alors que le putsch du lieutenant-colonel Damiba, validé par le Conseil constitutionnel, constituait en lui-même un "attentat à la sûreté de l'État". Cela "consacre la prise de pouvoir par la force comme un mode constitutionnel de dévolution du pouvoir", avaient soutenu les avocats de la défense.

Un argument "non fondé" rejeté par le Conseil constitutionnel, permettant la reprise du procès.