Aux portes de Melilla, des affrontements "sans précédent" entre migrants et policiers

L’Espagne veut convaincre l’Otan de l’importance de son flanc sud.

AFP
Aux portes de Melilla, des affrontements "sans précédent" entre migrants et policiers
©AP

La tentative d'entrée massive de migrants africains, vendredi, dans l'enclave espagnole de Melilla a conduit à des affrontements "sans précédent" avec les policiers marocains, qui font craindre un engrenage de la violence. "C'était la guerre. Nous avions des pierres pour nous battre avec les militaires marocains qui nous ont frappés à coups de bâtons", témoigne, samedi, un Soudanais de 20 ans détenu à Melilla.

Il faisait partie de près de 2 000 migrants originaires d’Afrique subsaharienne qui ont tenté de pénétrer par la force dans la cité autonome espagnole de Melilla, située en territoire marocain. Au moins 23 migrants ont péri et 140 policiers ont été blessés, selon les autorités locales marocaines. C’est le bilan le plus meurtrier jamais enregistré lors des nombreuses tentatives de migrants subsahariens de pénétrer à Melilla et dans l’enclave espagnole voisine de Ceuta, qui constituent les seules frontières terrestres de l’Union européenne avec le continent africain.

La menace russe en Afrique

Ce n’est pas la première fois que des migrants, qui campent dans des conditions précaires dans le massif forestier voisin du Gourougou, tentent de rejoindre l’"eldorado" européen. Mais cette fois la violence inédite de l’assaut marque un tournant, selon des experts de la migration. Dimanche, la police marocaine a annoncé avoir mis en échec un plan visant à prendre d’assaut la clôture métallique entre la province de Tétouan et l’enclave de Ceuta. Près de 60 personnes ont été interpellées, selon la Direction générale de la Sûreté nationale.

Hôte du sommet de l'Otan cette semaine, l'Espagne veut convaincre l'Alliance de l'importance stratégique de s'intéresser à son flanc sud aussi. "Les menaces viennent autant du flanc sud que du flanc est", a insisté le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albarès, lors d'une conférence de presse.

"Nous avons cette guerre en Europe, mais la situation en Afrique est réellement inquiétante", a renchéri sa collègue de la Défense, Margarita Robles, faisant notamment référence aux groupes djihadistes actifs dans le Sahel.

Mais avec le conflit en Ukraine, sur le flanc oriental de l'Alliance, Madrid aura du mal à convaincre ses partenaires. Aussi l'Espagne agite-t-elle la menace russe en Afrique. "Malheureusement, les menaces venant du sud sont de plus en plus des menaces russes venues du sud", a insisté mercredi M. Albares, dont le gouvernement dénonce la présence croissante de mercenaires russes du groupe Wagner au Mali ou en Centrafrique.