RDC: La mobilisation anti-Monusco s’étend au-delà du Nord-Kivu

Des policiers et des militaires congolais ont été déployés mercredi dans les villes de l’est de la République démocratique du Congo au troisième jour de manifestations meurtrières qui ont visé la mission des Nations unies (Monusco).

Hubert Leclercq (avec AFP)
RDC: La mobilisation anti-Monusco s’étend au-delà du Nord-Kivu
© BELGA-AFP

Les manifestants accusent les casques bleus d’être inefficaces contre la centaine des groupes armés locaux et étrangers, responsables du chaos dans lequel sont plongé les provinces orientales du Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri depuis trois décennies.

Le mouvement est parti lundi d’une manifestation convoquée par la société civile mais aussi par l’Union pour la démocratie et le Progrès social (UDPS), parti du président Antoine Tshisekedi.

Mardi, deux autres grandes villes du Nord-Kivu ont rejoint le mouvement (Beni et Butembo). Mercredi, c’est Kanya Bayonga, entre Goma et Butembo, sur la frontière ougandaise, qui a laissé exploser sa colère dans le Nord-Kivu, tandis qu’Uvira devenait la première ville du Sud-Kivu à se joindre au mouvement.

Après ces manifestations et l’annonce du lourd bilan humain, des voix se sont levées dans le pays et l’étranger pour condamner ces actes et appelé à l’apaisement dans le pays.

Les autorités congolaises ont assuré mardi qu’une enquête conjointe avec la mission onusienne sera menée pour établir les responsabilités.

Dans un communiqué, la conférence épiscopale de la République démocratique du Congo (Cenco) a "condamné fermement toute violence qui a prévalu durant les manifestations". Mais elle dit aussi comprendre "la colère des compatriotes qui participent à ces manifestations" et "comme eux, elle estime que le gouvernement [congolais] et la Monusco ont montré leurs limites dans leur mission de sécuriser les populations exposées aux attaques des groupes armés en RD Congo".

Main noire ?

Certains s'interrogent sur une éventuelle manipulation de la population autour de ces manifestations. "Trois jours de manifestations, ce n'est pas commun chez nous", explique un élu de Butembo. "À qui profite ce malaise ?" interroge un autre qui insiste sur le danger d'une "contagion". "Les jeunes voient ce qui se passe à Goma, à Butembo ou Beni. Ils sont aussi frustrés. Ici, on vit en état de siège depuis plus d'un an. Tout le monde est fatigué. Sur les nerfs. Les morts s'entassent. La Monusco, c'est la cible facile mais demain, qui sera dans le collimateur de cette colère ?" questionne un des cadres de la société civile de la province voisine de l'Ituri.

La Monusco est une des plus importantes et des plus coûteuses missions de l’Onu. Elle est présente en RDC depuis 1999. Elle compte actuellement plus de 14 000 hommes, avec un budget annuel d’un milliard de dollars.

"Notre souhait le plus ardent, c'est de voir l'est [de la RDC] stabilisé", a assuré mardi le chef-adjoint de la Monusco, Khassim Diagne, lors de la conférence de presse conjointe avec le ministre congolais de la Communication et porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya.