Législatives au Sénégal : Macky Sall perd la majorité absolue

L’opposition crie à la tricherie et n’entend pas se "faire confisquer sa victoire".

H. Le. (Avec AFP)
Législatives au Sénégal : Macky Sall perd la majorité absolue
©AFP

Les résultats officiels provisoires des élections législatives du 31 juillet au Sénégal ont enfin été proclamés, ce jeudi.

Bilan : selon la Commission nationale de recensement des votes (CNRV), la coalition du président Macky Sall perd officiellement sa majorité absolue, une première dans l’histoire de cet État considéré comme un îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest. Le clan présidentiel, crédité de 82 sièges (125 sous la précédente législature) sur les 165 que compte l’Assemblée devra donc désormais composer avec d’autres forces du Parlement pour faire adopter ses lois.

L’opposition confirme sa dynamique déjà initiée lors des élections locales de janvier, notamment dans certaines grandes villes, et gagne 80 sièges de députés au total : 56 pour la coalition "Yewwi Askan Wi" et 24 pour celle de "Wallu Sénégal" qui ont formé une alliance pour les législatives.

Trois autres députés sont issus des rangs de trois autres petites coalitions de partis qui pourraient devenir de précieux alliés de circonstance pour la présidence.

Les chiffres définitifs doivent être publiés par le Conseil constitutionnel dans un délai de cinq jours s’il n’y a pas de recours.

Ces résultats pourraient convaincre le président de la République, désavoué par les urnes, de renoncer au projet qui lui est prêté de se représenter à la présidentielle de 2024, selon les experts et les observateurs. Le président Sall, élu en 2012 pour sept ans et réélu en 2019 pour cinq ans, maintient le flou sur ses intentions.

Il a promis qu’il nommerait un Premier ministre - poste qu’il avait supprimé en 2019 puis rétabli en décembre 2021 - au sein de la formation victorieuse du scrutin.

Après le scrutin, les chiffres remontant des commissions départementales de recensement des votes ont laissé entrevoir un scrutin très serré et les deux camps ont revendiqué la victoire.

Résultats "rejetés"

"Yewwi Askan Wi" (Libérer le Peuple en wolof), la principale coalition de l’opposition, formée autour d’Ousmane Sonko, arrivé troisième de la présidentielle de 2019, s’est alliée pour les élections à la coalition "Wallu Sénégal" (Sauver le Sénégal, en wolof), dirigée par l’ex-président Abdoulaye Wade, élu député ce jeudi à l’âge de 96 ans.

"Nous rejetons ces résultats", a réagi Déthié Fall, l'un des dirigeants de cette alliance après la proclamation officielle.

Un peu plus tôt dans la journée, il avait saisi la Commission électorale pour lui demander "le droit de vérifier les procès-verbaux (de bureaux de vote) en vue de faire ses observations et réclamations éventuelles dans les délais légaux", ce qui lui avait été refusé, selon ses dires.

Mme Aïda Mbodj, une autre dirigeante de l'opposition, avait parlé la veille de "bourrage d'urnes" et de "procès-verbaux préfabriqués et sans signature qu'ils (le pouvoir) ont créés eux-mêmes" dans des localités du nord du Sénégal, dont Matam, Podor, Ranérou et Kanel, des fiefs du président Sall.

"Nous n'allons pas accepter une confiscation de la victoire. C'est une entreprise de fraudes massives orchestrées par des hommes politiques avec certainement la complicité de l'administration" territoriale, avait renchéri M. Sonko.

"Je salue le peuple sénégalais, suite à la proclamation provisoire des résultats des élections législatives, pour l'exemplarité de notre démocratie, la crédibilité de notre système électoral", a de son côté tweeté jeudi soir le président Macky Sall.