L’armée congolaise mise en accusation : "Elle est un moyen pour des haut gradés et certains politiciens de se faire beaucoup d’argent"

Un rapport de Human Rights Watch dénonce ses liaisons dangereuses dans l’Est.

Hubert Leclercq (avec Belga)
L’armée congolaise mise en accusation : "Elle est un moyen pour des haut gradés et certains politiciens de se faire beaucoup d’argent"
©MAXPPP

Le dernier communiqué de l’ONG Human Rights Watch n’est pas passé inaperçu en République démocratique du Congo. En effet, ce mardi, l’ONG a affirmé que des unités de l’armée nationale congolaise ont soutenu des groupes armés impliqués dans de graves exactions, lors du récent conflit avec les forces rebelles du M23 dans l’est du pays.

Ce conflit, qui a abouti à la prise de la ville de Bunagana, sur la frontière avec l’Ouganda, par les rebelles, a poussé des dizaines de milliers de civils à l’exode. Plus de quatre mois après la chute de cette ville, poste frontalier économiquement important pour toute la région, les "rebelles" du M23 gèrent le poste frontière.

Coalition détonante

Selon Human Rights Watch, au cours de l'année écoulée, des groupes armés, et parfois des militaires de l'armée nationale, ont commis des exactions généralisées, notamment des meurtres, des actes de violence sexuelle et des vols. Entre mai et août 2022, l'armée congolaise a notamment combattu aux côtés d'une coalition de milices congolaises ainsi que des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), selon l'ONG. Dans certains cas, des officiers de l'armée congolaise ont apporté un soutien direct aux groupes armés. "Le gouvernement congolais devrait mettre fin à ce soutien, qui entraîne une complicité de l'armée dans les exactions, identifier les officiers responsables et leur faire rendre des comptes", demande Thomas Fessy, chercheur principal pour la RDC à HRW.

À titre d’exemple, l’ONG dit avoir reçu des informations crédibles selon lesquelles des membres de l’armée congolaise, appartenant au 3 411e régiment de Tokolonga, avaient fourni plus d’une dizaine de caisses de munitions aux combattants des FDLR à Kazaroho, l’un de leurs bastions dans le Parc national des Virunga, le 21 juillet. Deux mois plus tôt, des dizaines de combattants des FDLR et de la Coalition des mouvements pour le changement (CMC/FDP) auraient pris part à une vaste contre-offensive avec l’armée régulière dans la zone de Rumangabo et Rugari.

Human Rights Watch a également documenté plusieurs autres cas d’abus contre des civils, dont au moins trois meurtres perpétrés par des combattants des FDLR en mai et en juillet et deux cas de viol par des militaires congolais en juillet.

Marché noir généralisé

Ces accusations de l’ONG ne sont pas les premières à pointer du doigt les militaires congolais, leurs alliances, voire leur complicité avec des mouvements rebelles.

"Tout part toujours du même constat : l'armée congolaise est un moyen pour des haut gradés et certains politiciens de se faire beaucoup d'argent en détournant les fonds qui devraient être affectés à la troupe ou en vendant des munitions et des armes à tous les mouvements imaginables. Ils entretiennent les conflits de basse intensité qui continuent dans la région depuis plus d'un quart de siècle", explique un ancien ministre congolais qui a régulièrement condamné "ces marchés noirs qui tuent chaque année des milliers de Congolais".

Denis Mukwege fait passer le message

De passage ce mardi devant la commission des Relations extérieures de la Chambre, le Prix Nobel de la paix 2018, le docteur Denis Mukwege, qui œuvre au quotidien pour soigner les victimes de ces conflits sans fin dans l'est de la RDC, a notamment plaidé pour que la Belgique appuie la transformation de la mission des Nations unies en RDC (Monusco). Pour le médecin, cette mission doit aider la RDC à réformer son armée afin qu'elle puisse assurer la sécurité des biens et des personnes. Il a une fois encore dénoncé le manque d'intérêt "politique, humanitaire et médiatique" à propos de ce conflit. Il faut "mettre fin à l'indignation sélective et à la politique du double standard qui mine la crédibilité et la force du droit international".

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