Manifestations violemment réprimées au Tchad

Au moins cinquante morts dans des mouvements de colère contre le maintien au pouvoir d’Idriss Déby Jr.

Hubert Leclercq
AFP
<p>Des barricades incendiées lors d'une manifestation contre la prolongation de la période de transition à N’Djamena, le 20 octobre 2022 au Tchad</p>
<p>Des barricades incendiées lors d'une manifestation contre la prolongation de la période de transition à N’Djamena, le 20 octobre 2022 au Tchad</p> ©AFP

Plusieurs manifestations, parmi les plus meurtrières de l'histoire du Tchad, se sont déroulées dans différentes villes jeudi, notamment à N'Djamena, la capitale, et à Moundou (Sud), la deuxième ville du pays. Elles ont fait "une cinquantaine" de morts et "plus de 300" blessés, selon le Premier ministre Saleh Kebzabo, qui a décrété un couvre-feu de "18 h à 6 h du matin" à N'Djamena, Moundou et dans deux autres villes, jusqu'au "rétablissement total de l'ordre". Les activités des principaux partis politiques d'opposition sont suspendues pendant trois mois.

Les manifestants sont descendus dans les rues pour protester contre la récente extension de la période de transition politique et le maintien de Mahamat Idriss Déby Itno à la tête de l’État. Plusieurs appels à manifester avaient été lancés depuis le début de la semaine, notamment par la plateforme d’opposition Wakit Tamma et le parti Les Transformateurs, dirigé par Succès Masra, l’un des principaux opposants politiques à M. Déby.

Ces deux mouvements avaient boycotté le Dialogue national de réconciliation (DNIS) qui avait prolongé début octobre de deux ans la transition vers des élections "libres et démocratiques" et entériné la possibilité pour Mahamat Idriss Déby Itno de s'y présenter, 18 mois après qu'il a pris le pouvoir à la tête d'une junte militaire.

Situation tendue et chasse à l’homme

Les Nations unies ont déploré "le recours à la force meurtrière contre les manifestants", ajoutant que "les autorités de transition doivent garantir la sécurité et la protection des droits de l'homme". "Les violations signalées doivent faire l'objet d'une enquête", a indiqué dans un tweet le Haut commissariat des droits de l'homme de l'Onu.

Ce vendredi, la tension est partiellement retombée. Un calme relatif régnait, notamment dans les quartiers du sud de la capitale, épicentre de la contestation, qui étaient quadrillés par des patrouilles de forces de l'ordre. Une "opération de ratissage" a été signalée dans ces quartiers. À certains endroits, la police a investi les maisons une à une pour tenter de mettre la main sur les meneurs des manifestations de la veille.

Plusieurs arrestations ont été signalées lors des manifestations et ce vendredi lors de ces fouilles mais les leaders de la contestation semblent y avoir échappé. La plupart sont entrés en clandestinité et se font très discrets depuis la répression des manifestations.