Egypte: la famille d'Alaa Abdel Fattah dit avoir officiellement demandé une grâce présidentielle

Mona Seif, la sœur du détenu politique égypto-britannique Alaa Abdel Fattah, en danger de mort après sept mois de grève de la faim, a annoncé avoir officiellement demandé vendredi une grâce présidentielle pour sa libération.

Laila Soueif, mother of jailed pro-democracy activist Alaa Abdel-Fattah, who this week escalated a food and water strike demanding his release, holds his picture during an interview with the Associated Press at her home in Cairo, Egypt, Thursday, Nov. 10, 2022. Abdel-Fattah, who has been in prison for most of the past decade, is serving a five-year sentence on charges of disseminating false news for retweeting a report in 2019 that another prisoner died in custody. (AP Photo/Amr Nabil)

La soeur du détenu politique égypto-britannique Alaa Abdel Fattah a demandé vendredi une grâce présidentielle, dernière tentative en date de la famille d'obtenir une preuve de vie du blogueur prodémocratie en danger de mort après sept mois de grève de la faim.

Cette demande survient quelques heures après une rencontre à la COP27 en Egypte entre le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et son homologue américain Joe Biden, qui "a souligné l'importance des droits de l'Homme et du respect des libertés fondamentales".

"J'ai déjà soumis une demande (de grâce présidentielle) en juin, et aujourd'hui j'en ai soumise une nouvelle pour réaffirmer mon engagement en faveur de toute voie légale pour régler le sort de mon frère", a affirmé sur Twitter Sana Seif, la soeur d'Alaa Abdel Fattah, le détenu politique le plus célèbre d'Egypte.

Depuis plusieurs jours, les proches du détenu disent redouter qu'il ne soit nourri de force après sept mois à n'avaler qu'un verre de thé et une cuillère de miel par jour avant de cesser de manger il y a une semaine puis de boire dimanche à l'ouverture de la COP27 à Charm el-Cheikh.

La famille d'Alaa Abdel Fattah répète qu'elle ne sera rassurée qu'une fois qu'il aura été vu par un représentant de l'ambassade britannique ou par l'un de ses proches.

Jeudi, l'autorité pénitentiaire a annoncé avoir fait subir au détenu de 40 ans un "traitement médical" et le parquet a ensuite affirmé qu'il était "en bonne santé".

Sa mère, Laila Soueif, s'est rendue quatre fois cette semaine à sa prison de Wadi Natroun, à 100 kilomètres au nord-ouest du Caire, mais a été à chaque fois éconduite. Jeudi, son avocat Khaled Ali a lui aussi dû rebrousser chemin: son permis dûment délivré par le parquet a été jugé irrecevable par l'autorité pénitentiaire car daté de la veille.

- "L'image de la COP27" -

Me Ali n'avait pas reçu de permis depuis près de trois ans. Il a été convoqué pour venir le chercher après une intense journée de mobilisation pour Alaa Abdel Fattah à la COP27.

Sa soeur Sana Seif y a tenu deux conférences de presse très suivies et plusieurs dirigeants occidentaux, dont le chancelier allemand Olaf Scholz et le haut-commissaire de l'ONU pour les droits humains Volker Türk, ont réclamé sa libération au président égyptien.

Mme Seif a appelé l'ONU à organiser une nouvelle conférence de presse à Charm el-Cheikh, où se tient la COP27, pour "qu'elle puisse demander une grâce présidentielle pour son frère", a indiqué vendredi soir Khaled Ali sur Facebook.

Lors de sa première conférence à la COP27, la réalisatrice, elle-même ancienne détenue politique, avait été prise à partie par un député pro-Sissi rapidement expulsé par la sécurité de l'ONU --ce qui a provoqué une levée de boucliers de l'establishment en Egypte.

Un groupe d'experts indépendants travaillant pour l'ONU a exhorté Le Caire à libérer le détenu égypto-britannique: "l'emprisonnement d'Alaa Abdel Fattah et son calvaire ne peuvent pas devenir l'image de la COP27".

Vendredi, c'était au tour du président américain Joe Biden de s'adresser aux 40.000 participants à la COP27. Il a rencontré M. Sissi et notamment salué à ses côtés devant la presse la réactivation de la commission des grâces présidentielles en avril dans le pays, régulièrement pointé du doigt par les défenseurs des droits humains.

Quadrillage policier

En sommeil depuis plusieurs années, elle a permis en sept mois la libération 766 détenus politiques, selon Amnesty International. L'ONG ajoute toutefois que sur la même période, 1.540 Egyptiens ont été incarcérés pour délit d'opinion --pour certains tout justes libérés par décret présidentiel.

Depuis que l'ex-maréchal Sissi a pris le pouvoir en 2013 en renversant le président islamiste Mohamed Morsi, la répression, d'abord des islamistes, a muselé l'ensemble de l'opposition et de la société civile, tandis que les médias indépendants se faisaient de plus en plus rares.

Les réseaux sociaux, eux, peuvent s'avérer dangereux, comme près de 200 Egyptiens déférés à la justice militaire viennent d'en faire les frais, selon les ONG.

Alors qu'un mystérieux appel à manifester vendredi apparaissait en ligne il y a trois semaines, les arrestations ont débuté.

Vendredi même, la police quadrillait le centre du Caire, où se trouve la place Tahrir, épicentre de la "révolution" de 2011 dont Alaa Abdel Fattah est devenu l'une des icônes. Des hommes en civils fouillaient les téléphones de jeunes à moto ou de passants, tandis que leurs collègues en uniforme barraient certaines rues.

Aucun manifestant n'est finalement sorti mais des camions de police étaient stationnés sur les ponts menant au centre de la mégalopole de plus de 20 millions d'habitants, tandis que les rideaux des cafés étaient restés baissés.